TEXTES


LE RENOUVEAULA FIGURE HUMAINE EN ANIMATION DE SYNTHESE







Les chemins de la reprise économique

Entre les écueils du collectivisme et les excès du néolibéralisme il y a de la place pour une véritable alternative sociétale qui permette une vraie reprise économique et nous éloigne durablement des récifs.

Beaucoup aujourd'hui réalisent que l'extrême versatilité des marchés est un frein à la cohésion et à la régularité des politiques économiques entreprises jusqu'ici. Au-delà des couloirs de bulles spéculatives qui aboutissent à des réajustements progressifs, on s'aperçoit qu'il y a un ensemble d'attitudes possibles et de scénarii envisageables qui puissent être moteur d'une solide et durable reprise économique.

L'aveuglement apparent du marché correspond plus à une extrême et excessive sensibilité à tous les indicateurs qui en rythment la vie, mais il faut bien convenir qu'une sagesse générale émaille sur le long terme la conduite de son action générale de promotion tous azimuts de tous les projets susceptibles de produire de la richesse. Il faut bien comprendre que beaucoup des mécanismes qui le guident dépendent de technologies et de médias qui en structurent la nature et qui s'ils en renforcent la puissance d'adaptabilité, la rapidité, la capacité d'intervention, induisent des automatismes qu'il s'agit de décrypter et de distribuer plus finement afin qu'ils conduisent à permettre aux forces à l'œuvre d'éviter leurs excès induits.

D'autre part, fraction importante, non totale mais non pour autant négligeable, une croissance nouvelle doit notamment se faire en bénéficiant de la dynamique des nouvelles technologies. Pour se faire, elles doivent expurger la tendance quasi naturelle qu'elles ont d'à aller dans le sens de la dématérialisation et d'une automatisation toujours plus grande de leurs processus de fonctionnement. Le tableau n'est pas si noir. Les nouvelles technologies génèrent des domaines économiques, des branches de développement et des compétences nouvelles qui font appel à un plus grand savoir-faire humain. Mais très vite peut se remettre en place une logique productiviste qui en expurge la chair créatrice et en diminue l'implication humaine jusqu'aux prochains microcycles.

C'est pourquoi il est aujourd'hui nécessaire de repenser la finalité des nouvelles technologies. Vont-elles dans le bon sens ? Ne sont elles pas orientées et finalement prisonnières de mécanismes qui les obligent à un toujours plus de productivité seulement imaginée répondre à la poussée innovatrice par accroissement des phénomènes d'automation des structures logicielles qui évacuent progressivement la nécessité du recours au capital humain. L'interactivité à la vitesse de la lumière peut déshumaniser. Il faut en revenir à des rythmes biologiques appropriés et réapprendre le réel...

Il faut probablement réorienter la recherche et le développement afin de créer quasi artificiellement des prolongements industriels ou informationnels qui fassent appel à de larges bassins d'acteurs économiques. Réinvestir le champ de l'action économique afin qu'elle se déploie dans des directions reposant davantage sur la spécificité et la puissance de l'intervention humaine, sa richesse et ses réelles possibilités de développement en harmonie avec les apports de la technologie, facteur de cohésion et d'échange accru entre les différents ensembles économiques.

Il y a donc une spécificité de l'intervention humaine qui ne sera pas minorable et qui bénéficiera des nouvelles technologies, une sorte de développement durable allant dans le sens de la mise en valeur du domaine informationnel pour ne pas dire culturel.

La culture serait-elle l'avenir d'une part majeure de l'économie ? Oui, en plus de tout le reste, à condition que soit réglée la question des prix et salaires du domaine. Trop de gratuité tue la création. Elle demande donc un modèle économique nouveau. Une nouvelle théorie de la valeur à l'articulation entre le monde en partie virtuel de la finance et réalités humaines individuelles, concrètes. Il nous faut un économiste d'exception. Il s'agit que nous fassions la violence de réclamer des dus et des rétributions normales de notre activité. Il s'agit de réinvestir le champs du réel pour lui adjoindre ses plus beaux ornements tout en créant — non pas de toutes pièces — de l'espace et du temps pour tous.

Le multimédia n'est-il pas une mise en forme de cette lente transformation de valeur qui structure lentement les sociétés humaines ? Auquel cas il s'agit que s'établissent des schémas de conversion et d'échange informationnels et d'œuvres qui soient suffisamment structurés pour permettre leur viabilité au niveau international en harmonie avec les structures plus traditionnelles d'intervention économique. Il s'agit de rattacher la création de valeur économique avec des variables économiques concrètes. La richesse ne peut être uniquement rattachée à des variables financières s'autoalimentant indéfiniment et s'éloignant progressivement de leur nécessaire passage dans les bassins économiques réels qui doivent leur bénéficier comme ils doivent eux-mêmes profiter de leur action régénératrice.

Que constate t-on ?

Une excessive et manifeste sous exploitation des ressources concrètes, notamment humaines, internationales, qui en recevant cette manne, qui aujourd'hui leur fait grandement défaut, dégageraient d'immenses bassins de richesse réelle. Le sous emploi de populations entières voire d'économies nationales complètes crée des sources de développement comme en jachère, le nécessaire terreau d'une réappropriation par l'économique d'un champ social dont il s'est désengagé. Nous serions une agriculture disposant d'immenses plaines fertiles sous cultivées ou utilisées d'une manière extensive, voire négligées. C'est pourquoi l'investissement du capital international dans le champ des économies mondiales concrètes est lui-même un immense facteur de développement et une raison tangible d'espérer si les acteurs économiques savent dériver une part grandissante des ressources financières internationales vers les économies réelles locales.





Le Renouveau européen

Il nous faut inventer d'urgence un modèle qui permette répondre aux enjeux de la mondialisation. Les années qui viennent auront une importance déterminante.

Nous venons de clôturer avec les événements du 11 septembre 2001, une période extrêmement longue de notre histoire. Celle de l'après guerre, celle de la guerre froide et celle de la fin de l'histoire. L'histoire, qu'on la nie en lui tournant le dos ou en la plaçant dans une mise en boucle de la vie culturelle qu'on appelle ou non le post modernisme, finit toujours par déborder des cadres dans lesquels on cherche à l'emprisonner. Il est bien évidemment tentant d'en faire une substance malléable dans laquelle il ne se passe rien toujours un peu plus, un jour la bulle explose, la négation des progressions aboutit, qu'on le veuille ou non, à de nouvelles phases qu'il nous appartient de comprendre ou non, de contrôler ou pas.

Les événements de New York sont cet électrochoc. Un événement d'une telle ampleur qu'il impose une prise de conscience planétaire et commande des attitudes moins égoïstes et moins cyniques. La dictature de l'argent et du sexe touchent leurs limites. Nous vivons une époque de la surexcitation consumériste et du désir poussé dans ses retranchements qui commandent l'invention d'une vie amoureuse nouvelle, qui vienne du cœur et non de l'esprit, et d'une vie de consommateurs aux goûts plus surs et aux aspirations nourries de connaissances originales qui permettent d'instaurer des modes nouveaux de respect de l'environnement et du développement durable des régions qui produisent ces biens. Une nouvelle prospérité économique en découlera. Un souci plus altruiste, une conscience plus poussée du champ dans lequel s'exerce notre maîtrise, permet d'imaginer une psychologie des autres, des producteurs comme des consommateurs, et renforcera la confiance et le discernement de ceux qui rendent possibles ces échanges. Une conscience assumée de l'échange aboutit à une psychologie nouvelle face à l'abondance. Une connaissance plus poussée du monde libère. Les citoyens les mieux informés sont ceux qui digèrent le plus facilement les soubresauts symboliques de l'évolution actuelle, et ce sont aussi ceux qui souffrent le moins des tentatives visant à restreindre l'exercice qu'ils font de leur liberté, notamment religieuse et politique.

Nous avons vécu ces mêmes années avec une mauvaise conscience latente installée en nous par la culture dominante comme forme de rétribution et de punition symbolique qui nous maintenait, inconsciemment souvent, dans l'état de minorité où l'on maintient les enfants. Ce pare-feu idéologique qui s'est imposé à nos aînés, et vis-à-vis duquel, d'ailleurs, ni eux, ni leurs parents, n'étaient toujours exempt d'une certaine responsabilité, il nous faut, certes, le prendre en compte, mais à la seule condition de le questionner, c'est à dire de lui faire subir l'examen clair de la vérité historique où le temps se révèle être un allié précieux dont l'objectivité implacable balaye souvent les tentatives de manipulation qui président en général pendant les périodes de conflit et après...

On ne nous laissait envisager notre réflexion sur nous-mêmes qu'en établissant les preuves plus ou moins avérées d'une culpabilité, souvent handicapante, qui provoquait un amoindrissement souvent vécu comme une rétrogradation en seconde division. Nous étions tenus de ne faire que recevoir ce qui s'imposait à nous, accepter sans le passage requis au filtre préalable de notre esprit critique, des dogmes qui nous éloignaient de nos racines. Ce faisant on nous privait des chances de concevoir les contributions fondamentales que nous aurions pu apporter au débat mondial.

Ce fameux débat n'existait en fait que sous la forme d'un long monologue où nous étions contraints d'engrammer ce qui nous arrivait sans capacité d'initiative retour. On ne pouvait envisager la vie des idées, y compris au niveau national, que comme l'illustration d'agendas définis de l'extérieur. Nous nous réveillons actuellement de ce long sommeil avec la conscience encore floue pour certains, très claire pour d'autres, d'avoir été hypnotisés, distraits des véritables enjeux que nous aurions du sinon définir, au moins être amenés à partager la définition.

Nos élites, une part des élites qui conduisaient notre réflexion et le regard que nous pouvions porter sur nous-mêmes et sur les autres, nous ont maintenus dans des débats strictement nationaux et nous ont finalement empêchés d'avoir accès au reste des réflexions qui auraient pu naître en Europe et dans le monde. La focalisation unidirectionnelle qui se faisait autour d'une culture dominante, inappropriée et souvent médiocre, était une ruine de l'âme au regard de siècles de tradition européenne, au regard de l'excellence des lumières ou de la renaissance.

Au nom de cette mauvaise conscience, farouchement entretenue par certains, nous nous sommes mis à délaisser notre propre culture, à la vider de sa vie, de sa vigueur, de ses concepts,  et de son sens pour lui substituer le spectacle passif de courses de bagnoles ou de concours de flinguage dans le décor en carton pâte général des héros moraux, certes positifs, mais il faut bien le dire — alors n'hésitons pas à le dire — assez peu épais sur le plan psychologique des cow-boys de Westerns.

Or les années qui se sont écoulées depuis l'événement incommensurable qu'a été la chute des deux tours de New York ont vu un bouleversement symbolique, presque un retournement des valeurs et résolutions que cet événement qui avaient directement produit. Il apparaît aujourd'hui que les choix stratégiques issus des réflexions qui se sont alors imposées, étaient en grande partie infondés et susceptibles de provoquer des effets pervers dont la nocivité ne pourra être purgée qu'après un temps très long. La guerre s'est étendue, le terrorisme n'a jamais été aussi important, le fondamentalisme gagne toutes les élections qui ont lieu dans le monde arabe, même chez ceux qui pouvaient raisonnablement être considérés comme modérés, y compris dans les foyers traditionnellement progressistes, comme le sont en général les universités. Il bénéficie, qui plus est, d'une sorte, là aussi, de retournement idéologique puisque les événements d'Abou Grahib accréditent la thèse que les démocraties utilisent des moyens attentatoires à la dignité humaine, et cherchent à passer en regard, pour ce qu'elle ne sont pas, c'est à dire des refuges contre la déshumanisation du monde.

Partout, le modèle social qui s'impose insensiblement, et parfois cruellement, à la grande  majorité des salariés du monde, est un modèle néolibéral, néocapitaliste — pour utiliser un vocabulaire plus précis — assez peu respectueux de ce que les conquêtes du droit social en général, et du droit du travail en particulier, avaient pu produire dans le but de garantir cette même dignité humaine. De plus en plus de nos concitoyens subissent l'authentique violence de ce modèle, de totale "flexibilité" du travail. Il prétend imposer l'échelle planétaire, qui est la seule grandeur qu'il fait mine de reconnaître, travaillant à éliminer ou à restreindre la capacité d'intervention et de décision de tous les autres cadres, afin de viser le plus petit dénominateur social mondial.

Il a donc recours à un mécanisme d'une simplicité déconcertante dont le négociateur le plus  incompétent est capable : menacer de faire jouer la concurrence pour faire baisser les prix. Et comme il y a toujours pire, ou moins disant, humainement parlant, on tend naturellement vers le bas, ce que tous les employés du monde développé qui voient leurs salaires baisser, leurs conditions de travail se dégrader, quand on ne les licencie pas purement et simplement, comprennent désormais, concevant également, dans la seconde qui suit, pensent être impuissants face à ce mouvement "sans queue ni tête" et donc, en principe, insaisissable...

En effet, l'application de la recette s'avère être en revanche un levier puissant : s'il existe moins cher ailleurs, alors on menacera d'aller vers cet ailleurs dans le but de payer moins cher là où on se trouve. D'où le côté extrêmement dangereux de l'adage idéologique : Think Global, Act Local, qui traduit ce parti-pris. C'est à dire que le point de fuite idéal qu'il se fixe et vers lequel il prétend tendre, est un niveau de rétribution du travail quasi-dérisoire, voire, dans l'idéal, voisin de zéro. Cette logique à terme consiste à rétablir une forme de servage moderne, faisant éclater les classes moyennes, imposant une société duale séparée entre ceux d'en haut et ceux d'en bas, et même, des fossiles mentaux traînant encore dans la tête de beaucoup de ceux qui se sont fixé ces objectifs, d'esclavage pur et simple...
L'Europe ne peut pas se reconnaître dans ces valeurs, qui ne sont pas les siennes et menacent actuellement le modèle existant qu'elle tente de préserver. Le plus grave est que si ces préceptes étaient indéfiniment prolongés, ils risqueraient, de remettre en cause son modèle de cohésion sociale, ce qui est inacceptable.

Nous sommes en train de réaliser que cette conscience européenne et la pertinence des réflexions économiques qui ont vu le jour sur ce continent, ont manqué au monde, et qu'elles lui manquent aujourd'hui davantage encore, à l'heure où l'accélération des processus de production ne font qu'accentuer ces tendances. Nous avons vécu une période particulièrement violente de notre histoire, une période faite de réussites mais aussi et trop souvent, de souffrances internationales et de guerres.

L'Europe présente d'ores et déjà à cet égard, un visage neuf. Elle s'est établie par la négociation et la diplomatie, par la mise en commun des espaces d'échange économiques, c'est à dire qu'elle a su faire la part à un certain pragmatisme dont elle tire actuellement les plus grands bénéfices. Sa vision est fondée sur la richesse et l'originalité du modèle économique qu'elle a su mettre en place lors des trente glorieuses. Celui-ci lui a permis de gagner d'autres combats, parfois moins spectaculaires, tel que l'évolution générale de son niveau de scolarité, celui de la qualité de ses formations professionnelles, ce qui a eu des conséquences vertueuses directes sur les niveaux de productivité de ses masses salariales, donc sur la croissance au fil des années.

Laisser aujourd'hui s'éroder cette exigence de qualité, laisser ce haut niveau de développement professionnel insuffisamment employé en raison des trop larges proportions de la population salariée qui se trouvent actuellement au chômage, alors qu'elle pourraient être réorientées vers des professions plus actuelles, faisant une plus grande part aux nouvelles technologies, offrirait à ces salariés des profils rajeunis et permettrait d'impliquer d'immenses bassins de populations dans l'économie réelle, qui sortiraient ainsi d'une l'aide sociale qui ne peut leur assurer des niveaux de vie suffisamment confortables.

Ceci contribuerait à instaurer un double cercle vertueux : augmenter la part de l'économie réelle tout en contribuant dans le même temps à réduire celle des prestations sociales, ce qui aurait pour conséquence supplémentaire de permettre le dégagement de marges de manœuvre. On créerait ainsi dans les finances publiques des capacités d'investissement qui permettraient de renforcer la solidité de la croissance qui se mettrait en place.

 Il est aujourd'hui temps que naisse l'alternative dont le monde a besoin, un autre type de progrès économique, politique, social, éthique, artistique, architectural, technique, médical, humain, que seule l'Europe est aujourd'hui en mesure d'inventer pour que la planète, Etats-Unis compris, puisse ensuite le reprendre à son compte et en bénéficier... Ce sera un effort de chaque instant : chaque énergie sera sollicitée, chaque effort devra être récompensé.

La situation faussement statique de la guerre froide est dépassée. Après deux conflits majeurs, la chute du mur, et l'éclatement de l'URSS, la dynamique de paix qu'ont permis, entre temps, d'assurer seuls les américains n'est plus suffisamment stable. On voit que Le Nouvel Ordre du monde touche à sa fin et qu'un Nouvel Equilibre — a New Balance — s'instaure, plus stable, plus réaliste, et plus durable. On passe de l'unilatéralisme d'une position dominante, au multilatéralisme de multiples pôles solidaires entre eux.

La pensée unique qui domine encore aujourd'hui, comme exténuée d'elle même, recelait un intrinsèque danger qui, dieu merci, a été évité grâce à une certaine coordination internationale, annonciatrice de la période, beaucoup plus pérenne, qui s'ouvre aujourd'hui. Le moment est venu d'imaginer ce nouvel équilibre, ces nouvelles directions à l'échelle d'un continent tourné vers l'ensemble du globe pour en renforcer la cohésion et la prospérité collective. Débarrassée de ses complexes, l'Europe peut jouer ce rôle de rééquilibrage et d'assouplissement de la violence d'une logique exclusivement capitalistique. Elle est la seule région susceptible d'amener une réelle alternative et la création du modèle que ce livre cherche à définir.

Les échanges européens, les allers et venues de citoyens dans l'union, la découverte qu'ils font de cultures, de langues, de principes d'organisation ou de cuisines qui ne sont plus tout à fait étrangers, sachant qu'ils font partie d'un ensemble dont la cohésion apparaît chaque jour un peu plus, marquent les pas décisifs faits dans cette direction. Nos destins individuels, notre histoire  commune sont liés et nos valeurs ne connaissent aujourd'hui pas de frontières, même si celles de l'union sont claires. La mise en œuvre de ces politiques, le développement de ce modèle, en partenariat avec les autres régions du globe, permettra alors de donner le jour à une société  moins oublieuse de principes philosophiques que l'on nous enjoignait d'abandonner et plus riche de possibilités d'évolution sociale dont nous bénéficierons tous à terme.





Le Renouveau culturel


    Une nouvelle ère de la culture commence aujourd'hui et l'Europe en sera un des principaux moteurs.

    Ceux qui se terrent en attendant des jours meilleurs vont au devant de graves désillusions. Le futur est là où on le créé, là où on l'invente, là où se fixent les ferments qui peuvent lui donner sa substance à venir. Or tous les ingrédients sont aujourd'hui réunis pour faire de l'Europe un des centres majeurs des transformations en cours. Celle-ci est à la croisée de toutes les influences et son antériorité culturelle est sur le point de devenir un atout extraordinaire, capable de donner une vigueur propre à sa recherche formelle et un sens particulier à la construction mondiale. Les multiples clivages qui ont émaillé son histoire ont longtemps handicapé son rayonnement — et sa puissance économique — mais ils ont aussi contribué à créer une émulation qui avec la chute des murs politiques va très vite devenir un avantage. La concurrence permet à une variété de systèmes d'exister.

    La mise en commun de cette richesse exceptionnelle va nourrir une diversité qui aujourd'hui, dans un contexte d'ouverture des marchés et des esprits, est favorable aux propositions différenciées. A l'origine d'une forme d'évangélisation politique, par la langue, la culture, la religion et, dans une certaine mesure, par l'économie, L'Europe va très bientôt tirer le bénéfice de son travail d'expansion de toutes les valeurs de civilisation. Sa culture sera le domaine principal dans lequel se mesurera ce retour, et elle sera le principal bénéficiaire de l'interaction planétaire qui va se mettre en place. Celle-ci, en effet, va se bâtir au regard d'une conscience plus poussée des nécessités éthiques à mettre en place, et elle ne se fondera pas sur la recherche d'un envahissement du champ symbolique comme certains pôles ont cherché à le faire depuis des décennies. Elle ne se fera pas dans un soucis de maîtrise du vivant et de ses échanges avec l'extérieur, mais au contraire dans un soucis plus poussé de leur respect à une heure où ceux ci sont menacés par la progressive main mise de l'économique concentrationnaire de l'ultra libéralisme.

    Si les règles politiques sont aujourd'hui en crise, c'est parce qu'elles doivent être réajustées afin de tenir compte des mutations en cours. Mais le culturel n'est pas un domaine anodin. Il est lié à l'identité des nations qui cherchent à le promouvoir. La culture n'est pas un marché comme les autres. On n'achète pas l'âme de ceux dont on assure la promotion des "productions culturelles" tout comme on ne peut mettre en équation tous les termes de la consommation culturelle. Ceux qui le prétendent sont les négriers en puissance de la nouvelle économie mondiale et comme tels, ils doivent être amenés —au besoin par la force (de négociation) — à respecter la liberté des différents acteurs de  la culture. On doit nécessairement s'attendre à une remoralisation des échanges culturels qui ne veut pas dire limitation ou censure mais prise en compte plus étayée des nécessités humaines de ces domaines.

    Il faut aller vers un plus d'intelligence et de prises de conscience, sinon nous serons hypnotisés.

    Or L'Europe dispose de la plus grande variété de bassins humains, de la plus longue tradition intellectuelle, et de certains des plus hauts niveaux de formation universitaires. Non seulement il ne faut pas diminuer ces niveaux d'éducation, mais il faut au contraire les renforcer. Les améliorer en permanence et proposer au reste du monde les solutions qui auront pu se révéler efficaces en les adaptant aux capacités locales. Nous allons en effet vers une civilisation de l'image, du symbole et du modèle mais leur signification ne sera jamais dépouillée du sens, et c'est pourquoi la lettre et l'écrit seront toujours présents. Plus que jamais Internet marque leur retour en force. Nous allons vers une société qui fera une plus grande place aux loisirs et à la consommation culturelle. Celle-ci ne pourra faire abstraction de la qualité et de la profondeur de son vécu historique, scientifique et intellectuel.

    L'histoire que cherchent à biaiser la grande majorité des productions grand public — en nous imposant un unique chapitre décliné à l'envi depuis soixante ans — est un atout dont on cherche à nous détourner par tous les moyens. Croyant pouvoir l'imposer à la nouvelle génération. Quitte à lui faire revivre les mêmes affres. Notre force, entre autres, est en effet liée à la richesse sémantique de notre patrimoine culturel et à la variété des interprétations qu'il suscite. Aujourd'hui, notre diversité est un atout. Elle nous permet une compréhension mutuelle et collective à l'heure où les technologies rendent chaque produit transparent. Celles-ci vont favoriser le grand renouveau à venir et contribuer à le décupler. Les problématiques développées à travers les productions existantes ont prouvé une grande part de leur inadaptation aux réalités actuelles. Il est grand temps de les renouveler. En commençant par adopter une politique qui fasse de la place pour un grand dessein culturel, ce en augmentant les budgets aujourd'hui quasi dérisoires et en agissant sans complexe sur un domaine qui a besoin de soutiens et d'orientations.  Enfin centrées sur les contraintes et possibilités actuelles concrètes, elles nous feront enfin entrer de plein pied dans la modernité de demain.





Des Clefs pour le XXIème siècle

Retour sur la situation spécifique de la France et de ce qu'elle est capable d'apporter à l'Europe et au monde.

Partout où l'on va sur le territoire national, on constate une perte de substance inquiétante, un découragement ambiant, une précarisation généralisée de vastes couches de la population, une augmentation effective de la criminalité organisée, une dégradation de l'environnement, un recul de notre jeunesse confrontée à la perte de repères des adultes, une vaste diminution de nos valeurs et croyances vitales, et une crise politique de la démocratie. Il est grand temps d'imaginer pour ce pays, les antidotes nécessaires à sa future rémission.

Partir, d'abord, d'un constat patent. La politique actuelle du gouvernement est myope et ineffective. Sur le plan économique, une quasi-récession, alors que d'autres pays connaissent des périodes de croissance, des choix à contre-courant des besoins du pays et la question se pose : le gouvernement est-il passé à l'euro ? Sur le plan social, une terrible régression qui touche la quasi totalité des français, amenée par des lois et décisions calquées sur les désideratas d'un club de barons d'entreprises en manque d'inspiration, qui appliquent aveuglement les crédos d'une idéologie planétaire dont les conséquences néfastes se font sentir chaque jour. Sur le plan culturel, une Bérézina dangereuse à l'heure où le français recule dans le monde et où on sort de son chapeau une réglementation nocive pour tous les acteurs culturels. Sur le plan énergétique, une politique sans réelle perspective que celle du mur vers lequel nous nous dirigeons. Sur le plan environnemental, un constat : les paroles ne sont pas suffisantes pour enrayer la dégradation générale du milieu, en particulier de l'eau. Sur le plan démographique, une tendance au reflux qui fait peser de graves risques sur les retraites, la croissance à long terme, est qui n'est pas liée à la réflexion autour des questions d'immigration dont d'autres pays commencent à comprendre la portée. Une dette invraisemblable qui grève le budget des générations à venir. Mais surtout, les potions des médecins qui sont au chevet de l'état, sont plus des poisons que des remèdes et menacent d'en faire éclater la cohésion. L'élection présidentielle est dans toutes les mémoires.

Un constat préoccupant.

Que faire ? Première constatation. Ne pas rester bras ballants. Il est grand temps de faire aboutir une autre vision de la société et des moyens de l'orchestrer, avant que celles qui sont en cours ne la fasse éclater. Il est grand temps d'imaginer les clefs du XXIème siècle, nourries de l'expérience d'une génération ayant grandi à l'articulation entre les civilisations qui, aujourd'hui, sont en présence.

Nous avons bel et bien à faire à un choc du futur. Les inventions de la fin du XXème siècle ont radicalement redessiné les contours autrefois familiers d'une société qui est aujourd'hui en train d'évoluer à un rythme accéléré. Les conceptions politiques que nous avons héritées de ce temps, voire du XIXème, ne sont plus opérantes, et il est grand temps de renouveler la théorie politique du siècle qui s'ouvre.

Tout d'abord, savoir que quelques règles d'ajustement ne suffiront pas, et que piloter à vue ne peut non plus faire accoucher des directions à venir. C'est à une nouvelle forme de réflexion que nous sommes conviés, voire contraints pour certains. Nous ne pouvons penser de la même manière. D'où l'échec de la géostratégie américaine en Irak, qui n'a pas su intégrer les dimensions, pourtant présentes, de la situation. Il nous faut penser en système ouverts. Intégrer les éléments disparates de contextes généraux, afin de leur appliquer des modes opératoires qui tiennent compte de toutes les facettes de tel et tel problème. Une pensée strictement structuraliste est inopérante pour résoudre les enjeux de notre monde.



On ne peut résoudre un problème de transport sans penser également à l'énergie, à l'environnement, à la politique industrielle, à l'immigration, à l'habitat, au tourisme. Les problématiques contemporaines sont inervées par des systèmes de transmission de l'information, médias, télécommunications traditionnelles, internet, qui les rendent interdépendantes.  La pensée politique que nous devons élaborer n'est donc pas simplement une stratégie électorale — si notre action est reconnue, notre représentativité le sera aussi — c'est une réflexion opérationnelle à l'heure où s'essoufflent les modes de gestion existants. Il s'agit de placer l'homme au centre de la démarche politique pour que tous les secteurs de la société lui fassent une place qui aujourd'hui est en recul, face aux expertises logicielles et systèmes robotisés, qui transforment la donne dans le monde du travail, et par osmose, touchent d'autres terrains sociétaux, où il s'agit de repenser l'action publique.

La pensée humaniste de gauche est plus que jamais d'actualité et nécessaire. Elle est aujourd'hui la seule compatible avec une croissance économique consentie, dans un monde où s'horizontalisent les modes de décisions et de transmission de l'information. C'est cette recherche volontaire d'une prospérité au service de tous ceux qui en sont à l'origine qui doit inspirer la réflexion politique à venir. Le meilleur des deux mondes n'est pas une gageure. Ce doit être un objectif qui ne passe pas par une orientation libérale, mais la réussite d'une nation ne doit plus être un tabou, du moment qu'elle se fait en son nom. Nous devons réinventer la sociale-démocratie, dans une perspective résolument moderne. Placer le capital humain au centre. En favorisant l'éducation, la recherche, l'économie de l'information, la formation, les industries culturelles, nous assainirons le tissu économique et social, français et européen, et renouvellerons une société qui a souffert d'un long déficit de renouveau générationel. C'est pourquoi la prise de responsabilité des citoyens doit s'élargir dans un soucis de démocratisation plus important, à l'heure les centres de décisions paraissent parfois s'éloigner d'eux. Il faut créer une société qui sont en adéquation avec ses réalités fonctionnelles, notamment professionnelles, et non l'inverse. La meilleure façon de juguler le lent déclin européen, que certains à tord croient déceler, est de lier dans un triangle une politique du travail, de l'immigration, de l'énergie absolument volontariste. Nous ne pourrons pas en faire l'économie.

Nous disposons des meilleurs atouts, utilisons les !





Le renouveau démocratique


La démocratie est aujourd'hui appelée à se réinventer d'urgence au sein des relais et des institutions de l'action publique. Les citoyens réalisent aujourd'hui qu'ils ne peuvent plus négliger la puissance d'intervention que leur donne le fait politique. Retour en force d'une idée neuve...

Le besoin démocratique n'a jamais été aussi important. Partout où l'on va, on sent la nécessité qu'ont les individus de s'exprimer et d'être entendus. Des décennies de star system ont créé les conditions d'une valorisation de l'aura individuelle et de sa prise en compte dans les rapports qu'elle entretient avec la société. Ce qui s'est produit pour un nombre restreint de privilégiés tend à s'étendre à un nombre toujours plus large d'individus. Un besoin de reconnaissance qui se diffuse et vient rencontrer une aspiration pour un plus de sens qui a une influence directe sur la manière dont est perçu le rôle de chacun. Le politique est de retour. Le désir de s'associer à la recherche commune de solutions et d'y faire entendre des différences quand c'est le cas. Or, la manière dont sont prises les décisions changent. Les différents stades par lesquels elles passent, ainsi que le nombre de personnes impliquées sont en train de se modifier, notamment en ce qui concerne les collectivités qui sont dans l'obligation de réinventer la manière dont elles agissent pour rester efficaces. Et on attend toujours plus des hommes, notamment des maires, alors que ceux ci sont aux prises avec des réglementations qui se multiplient, notamment avec l'arrivée de l'Europe. On se dirige davantage vers une interaction avec les usagers que vers une circulation verticale et unidirectionnelle des décisions, sanctionnée à échéances fixes dans l'autre sens. Les hommes politiques vont devenir des animateurs de la vie de leurs circonscriptions, des médiateurs avec les centres décisionnels extérieurs. Leur qualité reposera en grande partie sur leur habilité à communiquer et à faire communiquer entre elles les informations requises pour l'exercice du pouvoir. Ils joueront un rôle de relais et d'interfaçage.



Ils sont donc pour la plupart obligés de s'entourer de nouvelles compétences, et de nouveaux instruments. C'est une culture politique nouvelle qui se met en place. L'information ne se trouve pas toujours au même endroit, et ceux qui la détiennent sont de plus en plus variés. Cette situation, si l'influence internationale des marchés sur les structures étatiques existantes et les services publics ne remet pas en cause leur existence, devrait donner naissance à un type nouveau d'action publique, et à l'arrivée d'un personnel aux qualifications plus pointues et plus différenciées. Les langues étrangères vont devenir nécessaires à des niveaux plus larges. La culture politique de ces hommes et de ces femmes devra donc être plus poussée et reposer sur une frange plus étendue de connaissances communes notamment à l'échelon européen. L'adage penser global et agir local prendra tout son sens dans ce contexte.

Des instruments, voire des technologies, qui entourent, servent et permettent la prise de décision vont se multiplier.  L'informatique va se développer au point de devenir un instrument commun de l'action publique, présent à tous les niveaux, à tous les échelons et il sera couplé à la sphère audio visuelle ainsi qu'aux technologies de télécommunications. Bases de données et gestion multicritères des champs d'activité vont se multiplier.

Il faudra donc que se constitue une culture politique renouvelée qui sache gérer au quotidien des ensembles humains mais également de perspectives suffisamment larges pour permettre cette nécessaire évolution. Dans ce contexte la culture des anciens, empreinte de droit et de règles normatives, sera précieuse dans la mesure où, par couplage, elle permettra de réinventer les structures politiques qui manquent aujourd'hui dans certains domaines.



Les évolutions ont été si rapides qu'une partie de l'appareil d'état n'est plus adapté à certaines situations. Avec l'élargissement de l'Europe, de nouvelles structures vont également être définies. Il faudra qu'elles tiennent compte de ces réalités nouvelles. Les consultations et les études peuvent être réalisée pour des coûts largement moins importants que dans le passé et surtout à échéances plus courtes. Elles doivent être garanties par le secret du vote électronique.  Dans ce contexte le retour par les instruments adaptés de la décision individuelle dans l'action publique sera un plus fondamental pour la démocratie. Il devra se faire dans une totale transparence statistique, garantie par des instances de contrôle multipartites absolument irréprochables. Les nouvelles technologies ont été intrusives et liberticides. Il  faut les marier d'une manière plus équilibrée avec les libertés publiques et l'action politique. Peu d'hommes politiques ont analysé ce thème dans leurs professions de foi. Il est temps d'y réfléchir car les enjeux sont énormes.

Cette prise de conscience et les décisions qu'elle induit, nous permettra de résoudre l'équation ultra compliquée de l'évolution accélérée de démocraties qui ont besoin d'imaginer des configurations auxquelles elles ne sont pas préparées. Chacun pourra alors donner le meilleur de lui-même et ne pas se sentir exclu. Cette structure, ce maillage en réseau devra permettre à l'individu, libertés, droits, citoyenneté, intimité, prise en compte sociale, activités et loisirs, réalisations personnelles et contributions collectives. Il faut réinventer des repères qui nous correspondent et ne pas devenir tributaires d'instruments qui autrement seraient des instances de contrôle. La télévision interactive aura-t-elle aussi un rôle à jouer, mais là comme ailleurs une culture, voire une attitude appropriée vis à vis de son utilisation sont à généraliser. Une culture commune qui commence par l'échange et le dialogue.





Le Renouveau économique


  Vouloir aujourd'hui systématiquement opposer les tenants de l'ancien et du nouveau monde informatique est une manière de résumer les joutes protocolaires actuelles particulièrement contre productive.

C'est une vision qui simplifie, synthétise, peut donner un éclairage semi-rationnel, mais c'est surtout une façon faussée de lire l'actualité en évacuant la réalité, une réalité qui est infiniment, et c'est tant mieux, plus complexe que ce que semblent vouloir faire dire certains.

Vouloir tout opposer en regard des anciennes valeurs car il y a effectivement des valeurs qui aujourd'hui subissent une réactualisation — mot affreux dans ce contexte — est une façon de nier la complémentarité fondamentale entre ce qu'on appelle le virtuel et la réalité qui aujourd'hui révèle plus qu'elle ne transforme plusieurs hypothèses.  Il y a bien différents niveaux de réalité, mais vouloir systématiser les relations d'affrontement, les logiques prédatrices entre le hard et le soft, entre l'ancienne économie et la nouvelle est une vision à court terme, réactive d'une certaine manière, réactionnaire même, qui évacue la sophistication réelle de mondes que nous opposons et qui sont en définitive inextricablement enchevêtrés, ce qui est une bonne chose. Il y a un maillage complexe et à tous les stades, des relations, des interpénétrations. Le phénomène d'ouverture s'exprime aussi à ce niveau.

Nous ne sommes pas passés d'une économie ancienne à une nouvelle économie selon des formules de développement mues par une trop grande confiance puis d'une économie nouvelle à un retour en arrière du au pessimisme ambiant face aux implications humaines de tels changements, nous passons d'un stade de développement à un autre stade de développement faisant la part belle à toutes les formes possibles d'évolution entrepreneuriale.

En somme l'économie ne peut être basée sur l'économie, sur la permanente réduction des coûts de production et sur la perpétuelle réduction du facteur humain, mais doit être pensée dans le sens du développement de la richesse et le "capital humain" — second vocable insupportable — concoure pour une très large part à la richesse des entreprises. C'est bien cette expérience humaine, hors des travaux d'ergonomie manageriale, qui fait la richesse des sociétés qui sont capables de développer leurs atouts plutôt que de constamment rogner sur les budgets humains. Cette myopie existe à tous les niveaux. Or les nouvelles entreprises et les anciennes, présentes depuis toujours, ou presque, ont besoin de savoir développer leur faculté de prise en compte des facteurs réels d'évolution. Sinon nous aboutiront à une perpétuelle négation des valeurs humaines qui est préjudiciable au-delà du strict champ économique. La logique de perpétuelle concentration est une logique d'amenuisement qui aboutit pour part à la situation d'actuelle de menace sur l'équilibre de fonctionnement.



Pour sortir de cette menace il faut remplacer l'humain au centre de l'entreprise. Qu'il en soit la valeur étalon. Une société basée sur une hyper précarité stricte est une société qui n'a pas d'avenir. Elle nierait son propre avenir et ce qui est de l'ordre du nécessaire si elle négligeait les facteurs qui peuvent lui permettre de sortir, ou de ne pas entrer, dans la récession. Ce n'est bien sûr pas là la seule orientation utile, mais elle est primordiale. A tous les niveaux, la qualité des hommes fait la différence. Bien sur leur capacité à évoluer, leur connaissance de l'algèbre informatique est primordiale.

Il ne faut donc pas paniquer.

Il faut se mettre au travail. Ne pas se placer dans des perspectives extrêmes. Ne pas non plus se placer dans un esprit de régression. Sortir de l'appréhension, retrouver la confiance en soi et dans les équipes auxquelles on est rattaché. C'est dur pour vous, c'est dur pour un nombre large d'entre nous. Sachons faire face. Partout faire affleurer les conditions d'une réorientation constructive des professionnels afin que leur expérience ne soit pas perdue. Voire une simple continuation de ce qui fonctionne. On ne change pas une équipe qui gagne, un système qui gagne. Quelle ne soit pas "démobilisée". Ce serait là le but non avoué de certains esprits obscurantistes qui remettent en cause la solidarité et l'esprit d'initiative dont sont capables ceux qui font l'économie au quotidien.

Aidez-vous les uns les autres. Aidez-vous vous-même. Soyez votre propre mécène. Retrouvez le souffle. Réapprenez à respirer. A organiser votre temps. A profiter de l'espace de liberté qui se dégage.  Faites plein de choses intéressantes et ne vous laissez pas guider par une logique obscurantiste ou régressive ou réductrice. Repartez. On croit qu'il n'y a parfois rien à faire, que nous n'avons aucune marge de manœuvre. Que le chômage est seul censé venir répondre. C'est faux. Il n'y a jamais eu autant de travail à accomplir pour qui sait se donner la peine de l'imaginer.

L'important est de ne jamais désespérer.





Le Futur du Capitalisme


Plus que jamais, une refonte salutaire du capitalisme est aujourd'hui nécessaire.
 
Il apparaît un peu plus clairement chaque jour que le système économique sur lequel repose l'organisation de nos sociétés arrive à cul de sac théorique qui le rend dangereusement inadapté pour assurer à long terme leur prospérité à venir. Partout, on constate une perte de substance associée à une progressive dématérialisation des richesses quand elles sont confrontées à des fluctuations quotidiennes qui en érodent la valeur absolue à long terme. Le laisser faire total en matière financière se double d'un chacun pour soi qui encourage les manquements les plus grossiers à une nécessaire coordination industrielle et boursière et induit au cours du temps des comportements prédateurs qui ne font que réduire, au nom d'une prétendue rationalité économique, un nombre toujours plus large d'intervenants. D'autre part, les fractures technologiques en pays pauvres et pays riches créent un tissu disruptif qui fragilise la continuité de l'activité économique.
 
Toutes ces tendances — heureusement — ne sont pas des fatalités, mais les réajustements pour l'instant imaginés font figure de pis aller encore inadaptés face aux nécessités qui se font jour. Le système de regard imaginé aux États unis ne fait que rejoindre des règles déontologiques existant en Europe depuis longtemps et une fois l'harmonisation atteinte, on découvrira la pauvreté d'un dispositif qui, s'il est seul à répondre aux besoins, ne pourra assurer le rôle qui lui est dévolu. Les solutions, comme faisceau de mesures, doivent être plus profondes si l'on veut prendre en compte les bouleversements énormes qui sont apparus au plan mondial dans l'ordre symbolique et au-delà.
 
Tout d'abord, il faut changer d'échelle.
 
Il s'agit d'imaginer des règles déontologiques, des règles comportementales permettant aux différents acteurs du marché mondial de vivre en bonne entente les uns avec les autres afin de maximiser la création de richesse. Nous nous éloignerons alors de la chasse et de la cueillette à laquelle on assiste actuellement sur les marchés financiers pour rejoindre une phase qui serait plus proche d'une agriculture. Sans établir de structures coercitives, qui brideraient la liberté individuelle, il est possible d'imaginer qu'une gouvernance supervise, conseille, encourage et distingue ceux qui feraient appel à son expertise. D'une culture extensive, on aboutirait, à terme, à une intensification des récoltes sans appauvrissement de ce qui en fait le terreau, ainsi qu'à une élévation du niveau de vie mondial sans déprédation pour l'environnement, si la croissance est pensée en termes écologiques et que l'on ne s'interdit pas la décroissance choisie parallèle dans certains domaines, notamment les plus polluants.
 
Cette phase doit en effet être entourée d'une réflexion écologique appropriée avec un recours accru aux énergies renouvelables et en particulier à celle qui nous tirera à long terme de la dépendance énergétique : l'hydrogène. Il est urgent de bannir les énergies fossiles qui asphyxient l'atmosphère terrestre pour faire appel à celles qui sont capables de véritables miracles écologiques.
 
Mal prise en compte, l'internationalisation des marchés ne dispose pas d'élément  véritablement opérant qui permette de les orienter à ce même niveau. Or l'économie mondiale a drastiquement besoin d'un gouvernail. Si le laisser faire peut être une vertu en soi, il peut avoir, surtout quand il se produit dans une période tumultueuse, des conséquences désastreuses et personne ne souhaite revivre l'épisode de 2008, d'abord parce que nous n'avons pas la possibilité de faire la même chose une deuxième fois.
 
Aujourd'hui, il devient indispensable faire de la place à la progressive activation de structures de régulation douces seules à même de défendre l'intérêt général mondial en des temps qui commandent un sursaut salutaire. Il faut une gouvernance mondiale qui joue le rôle, si ce n'est de gouvernement mondial, du moins de centre de décision, de contrôle relatif et de taxation internationale autre que le F.M.I. et la Banque Mondiale, afin de juguler la trop grande inorganisation des marchés. Ceci n'est pas la première urgence du G20, mais c'est une question d'actuelle importance.
 
La financiarisation de l'économie crée de la richesse et on n’imagine pas une richesse qui ne soit, sinon prélevée, du moins issue de l'économie mondiale — tout travail méritant salaire, or, l'argent travaille — sans être à terme , en un lieu donné de la chaîne, valorisée par un impôt ou un fractionnement tarifaire, même très limité, qui puisse ensuite bénéficier à l'ensemble de la communauté, en étant redirigé et géré par une structure pouvant être un organisme dédié des Nations Unies qui ne traiterait pas uniquement des questions commerciales, comme c'est le cas de l'OMC, et qui définirait parallèlement ou qui mettrait en place des outils de création de richesse.
 
Cette redistribution internationale sous-tendue par une réflexion commune et pilotée une programmation analytique des besoins, renforcerait naturellement le rôle de l'ONU, ce qui permettrait un contrôle démocratique accru, qui devrait d'ailleurs être couplé à une transparence délibérée et une médiatisation large de ces questions pour que la société civile et les opinions publiques puissent jouer leur rôle. Une redistribution, même à la marge, faciliterait les missions qui sont aujourd'hui dévolues à cette institution. Elle permettrait de faire sortir de leur dénuement de vastes bassins de populations, beaucoup de salariés étant actuellement bien formés ou disposant de cursus faciles à compléter efficacement, mais étant actuellement au chômage pour des raisons principalement structurelles. Celles-ci gagneraient beaucoup à produire à nouveau des richesses grâce à leur travail, ou à se livrer à une activité créative rémunérée, si mettre un pied à l'étrier leur était permis.
 
Elle rendrait par conséquent possible à une échelle large ce qui avait jadis été tenté et accompli avec succès dans les états nationaux développés et permettrait de ramener ces acteurs économiques démunis vers l'économie réelle, y compris celle des biens immatériels, afin de développer des volants de croissance longtemps inobservés dans ces pays, les politiques menées devant s'ajuster à la nature réelle des économies ainsi relancées. Elle permettrait une augmentation mécanique des cotisations et un allégement parallèle des prestations versées dans les économies concernés ainsi qu'une harmonisation démocratique, économique, écologique (ces problématiques étant aussi liées à l'aspect sanitaire et social), elles permettraient au passage une consolidation des régimes de retraites et de santé.
 
Les circuits financiers sont aujourd'hui altérés. Ils débouchent sur des poches d'air, des bulles spéculatives et des lieux d'épanchements qui créent des hémorragies de la richesse mondiale. En d'autres termes, la circulation sanguine de la planète ne permet pas de "réoxygèner" des portions parfois larges de son tissu économique. Et, qui plus est, celle-ci se fait sans code de la route. Qu'on s'étonne que des "accidents" s'y produisent.
 
Concernant l'économie dématérialisée, il s'avère utile de la prendre en compte comme un secteur à part entière, le quatrième après ceux de l'agriculture, de l'industrie et des services et de répercuter ses bilans dans la comptabilité nationale de chaque pays, ce avec l'aide des sociétés, y compris étrangères, qui s'y livrent à des activités commerciales. On établira ainsi des descriptifs plus fidèles de la réalité économique et une meilleure intelligibilité des données la concernant. Aujourd'hui, ce secteur est encore très mal pris en compte, ce qui a pour effet de fausser les grilles de lecture économiques ainsi que les moyens à mettre en œuvre dans la conduction et l'exercice de politiques appropriées. Ainsi il sera possible de l'intégrer plus avant dans les économies nationales, de le taxer, sans fragiliser pour autant le "mortar". On pourra faire des avancées plus grandes dans le paiement électronique, contrepartie de l'établissement de relations "adultes" entre les différents secteurs qui ne seraient plus séparés par des hiatus remettant en cause leur intégration sociétale. Il sera alors possible, sans crainte exagérée, que soient assimilés des pans plus larges de la culture et des comportements de la société technologique qui soient plus l'établissement d'un passage et d'une évolution salvatrice plus qu'une révolution qui casse le fonctionnement harmonieux d'un monde soudain soumis à des tiraillements excessifs.
 
Les règles qui définissent aujourd'hui les entreprises sont elles-mêmes soit inadaptées, soit exagérément opérantes ce qui revient au même, puisque ce trop managerial les fragilisent à terme et remet en question leur positionnement dans les tissus où elles viennent s'implanter. Partout se lit le recul de l'humain et de la prise en compte de sa valeur.
 
C'est l'échec essentiel de l'ultra libéralisme.
 
Il se détache de la réalité pour un toujours plus pragmatique qui le déconnecte des besoins réels de l'économie, c'est à dire répondre aux besoins des hommes d'une manière optimale. Il ne répond plus aux besoins humains. Il répond à terme aux desiderata aveugles de quelques boards toujours plus restreints et avides et, à terme, on peut tabler sur une dématérialisation finale de cette création de richesse seulement conservée sous forme numérique dans des machines elles-mêmes incapables de créer un mieux économique. C'est pourquoi il doit être pensé en termes humains. Car dans un premier temps, s'il a été capable d'établir une prospérité et une évolution réelle des sociétés qui l'ont mis en œuvre et de créer une mystique associée qui était cohérente et efficiente, il sera très vite incapable de produire un discours d'adhésion large dans la mesure où il nie l'humain de manière toujours plus grande.
 
Pour le sortir de l'ornière, et revenir au but initial de l'économie, il faut replacer l'homme — et la femme — au centre de ses préoccupations principales et créer une économie qui ne fonde plus sa valeur étalon sur de l'or ou une devise mais sur l'homme lui-même, valeur centrale de l'économie. Ce changement est énorme mais il est le seul à terme comme un point de fuite dans un tableau permet de lentement tracer toutes les perspectives du paysage.
 
Nantis de cet éclairage ontologique il est possible de faire progressivement converger les décisions, et de guider les réflexions qui seront nourris en marge de cette analyse. Il ne s'agit pas d'abandonner un système économique pour un autre, mais de lentement adapter l'existant aux nécessites qui se font aujourd'hui jour afin de ne jamais prendre de vue l'essentiel. L'homme ne doit pas servir la machine. Il doit au contraire être servi par elle. S'en servir comme d'un outil. Dans les schémas qui servent  à mettre au point les produits, interfaces et systèmes destinés à notre quotidien à venir, cette nécessité doit s'imposer à ceux qui en définissent les contours. Sinon, notre richesse sera noyée dans des sables mouvants virtuels. Ce ne sera pas le cas si nous savons être vigilants.  Instituer des gardent fous qui empêchent les exclus potentiels du système de sortir de ses voies de circulation. Il faut garantir les éléments essentiels à la vie.
 
Ceci, l'ultra libéralisme ne sait plus le faire.
 
C'est donc un capitalisme à visage humain qui doit émerger. Un capitalisme qui assure à chacun les moyens de son enrichissement, de sa mobilité sociale ou de sa réalisation personnelle en fonction de ses capacités et de ses mérites, et dans lequel un certain nombre de minima soient garantis à un niveau large, planétaire à terme. Un capitalisme qui n'utilise pas la misère planétaire comme un moyen de réduire la richesse des habitants des pays riches mais qui élève tous ceux qui sont présents aux meilleurs standards qu'il a permis d'atteindre. C'est vraiment une question d'imagination et d'organisation. Cette conformation est non seulement possible mais elle n'est pas prédatrice pour l'économie et ses mouvements sous jacents. Au contraire elle lui permettra de dépasser le blocage sur lequel elle bute actuellement et de se renouveler. L'intelligence numérique est pour nous un atout qui nous donne une puissance d'intervention inégalée à ce jour et l'apprentissage par les machines des données qui font notre réalité est une chance de refondaison générale mais rien ne peut se créer en dehors des ressources supérieures de l'esprit humain quand il est confronté à un problème à priori insoluble.
 
Une fois ce saut sémantique fait, il y a fort à parier que nous verrons enfin émerger une prospérité nouvelle...




Remarques sur l'économie dématérialisée


Face à la multiplication des formes abstraites et virtuelles de fonctionnement, les économies occidentales et mondiales disposent d'alternatives qui s'avèrent opérantes. Liste de choses à emporter.

Nous sommes tous, ou en tout cas la grande majorité d'entre nous, victimes d'illusions d'optique qui peuvent s'avérer particulièrement préoccupantes. La mise en équation des économies occidentales de plus en plus tributaires de schémas d'organisation virtuels amenés par des principes d'organisation basés sur des fluctuations financières est patente. Les références concrètes se déplacent progressivement vers l'immatériel découplé d'une valeur de plus en plus déconnectée de celle du travail, des infrastructures et des structures monétaires traditionnellement afférentes.  Elles fragilisent celles-ci car elles les exposent de plus en plus non seulement aux fluctuations financières mais également aux variations symboliques de l'information.

Les mécanismes qui sont désormais à l'œuvre échappent parfois à ceux là même qui en sont les instigateurs. Pourquoi une telle fragilité, pourquoi prêter le flanc aux dégâts que peuvent produire des formes d'action particulièrement archaïques ? Pensez au "11-M". Nous sommes en définitive, les victimes avérées ou à venir d'un processus que nous éprouvons du mal à réguler et les déprédations peuvent être aussi sensibles dans les pays à structures insuffisamment diversifiées que dans les pays qui se veulent les champions du capitalisme, notamment les États Unis dont les visées et visions économiques s'imposent souvent au reste de la planète.

Serions-nous si démunis face à cette situation ? Le temps doit-il jouer contre nous ? C'est à mon avis faux. Entre les retours tambourinant aux pratiques d'un autre age — alors que le monde a effectivement changé et qu'elles s'avèrent d'une manière patente souvent inadaptées — et les prises en compte mal assurées de la dithyrambe passionnée des pionniers de la nouvelle économie, il y a d'autres attitudes plus directement opérantes qui tiendraient davantage compte des réalités humaines et techniques et le rapport qu'elles peuvent entretenir.

Il faudra pour y parvenir, que la variable humaine redevienne centrale dans les schémas de réflexion de ce qui font actuellement profession que de ne la réduire. C'est sa valeur, sa qualité et la pertinence de ses productions qui feront l'économie majoritaire de demain. L'articulation principale entre les domaines de culture ou d'information et les techniques qui les relayeront. Il faut que les conditions de l'épanouissement individuel à un niveau très large soient réunies... Tous les autres domaines d'activité restent valables mais ils vont peut à peu bénéficier des apports de ce noyau central.

Cette extension du domaine de la croissance ne peut exister que si l'on se décide enfin a faire l'abandon du manichéisme et du malthusianisme qui guide beaucoup de réflexions ambiantes, notamment en matière économique. Elles réduisent de grandes entreprises structurées à des réservoirs financiers virtuels ou déplacent les installations sous prétexte qu'il faille remettre à qui de droit ambiant les actifs qui y sont rattachés est une politique qui à long terme condamne des populations entières à la paupérisation y compris celles qui font aujourd'hui le pari d'accueillir les structures délocalisées.



Les économies mondiales, y compris américaine, souffrent d'un manque de préhension sur les variables financières. Le fait d'attirer les valeurs mondiales, y compris par des moyens techniques disproportionnés (je pense à l'utilisation de systèmes de réalité virtuelle et de structures logicielles dédiées) automatise les procédures de fonctionnement boursier et leurs réactions aujourd'hui en lisière du rationnel de ces appareillages et renforce tous les ostracismes mondiaux, tous les fossés, toutes les fractures. Elles asphyxient la planète, lui retirent son oxygène, c'est à dire leurs puissances monétaires. L'eau c'est la vie, or cette eau, cette manne qui permet à une sophistication d'exister mais aussi et plus fondamentalement aux besoins fondamentaux d'être assurés, se retire du paysage local de nombreux points du territoire global. On l'a vu en Argentine...

La circulation sanguine de la planète est altérée. Elle doit être soignée, assistée, puis peu à peu rétablie d'une manière progressive et douce qui permette l'assainissement de zones géographiques entières. C'est l'investissement au plan mondial plutôt que la sempiternelle économie sur les salaires qui est à viser, c'est l'élargissement des structures en lieu et place des dramatiques économies d'échelles qui semblent guider l'entendement de ceux qui appliquent de manière aveugle — ou presque — les principes erronés qui président à la prise de ces décisions. Le mépris et le peu de cas qui est fait de millions d'hommes et de femmes est patent et dangereux. Nous sommes victimes d'une dynamique faussée, de cercles vicieux qu'il faut avoir l'énergie de transformer en cercles vertueux. L'argent doit circuler à tous les niveaux. La valeur doit être repensée en prenant comme étalon l'homme, l'humain, l'individu. Son développement harmonieux au sein de la communauté dans laquelle il habitera.

C'est l'aide à la consommation, non par un unique vecteur mais par un ensemble de facteurs retour de l'activité. Le salaire minimum est une garantie nécessaire, il doit exister au sein d'un faisceau de droits et devoirs nouveaux qui permettent d'établir un nouveau contrat social et économique dont nous serions tous les bénéficiaires et par rapport auquel nous pourrions découpler notre intervention dans le domaine économique et culturel. Les situations absurdes doivent refluer et les bénévoles recevoir une part retour pour l'investissement qu'ils font de leur temps. Le temps est déjà une variable économique. Il peut devenir une variable symbolique de l'activité dans un champ économique donné dont il assure la pérennité.

Il s'agit de renforcer l'adjonction de règles dans des structures qui touchent la limite de leur logique parce qu'elles manquent de critères d'évaluation objectifs et de rattachements économiques précis. L'argent virtuel aujourd'hui a de moins en moins de contact avec la réalité économique. Les règles de solidarité étendue en renforçant le rôle des structures sociales étatiques vont également aller dans le sens de la logique économique qu'il est nécessaire de mettre en place.

La main invisible doit devenir visible.

Sinon, nous irons à terme vers une dislocation des structures particulièrement dommageable à l'ensemble de la communauté internationale, dérèglements dont bénéficieront tous ceux qui, comme Ben Laden, font profession d'exploiter les tiraillements actuels. Nous faisons partie d'un long processus de maturation économique, politique et culturel qui doit faire appel à l'histoire économique car celle-ci nous tend des explications pertinentes et nous donne des capacités de renouvellement dont nous sommes capables à une échelle élargie. Il faut quitter l'absurde absolu auquel nous venons d'assister. La nouvelle économie doit être pensée dans cette perspective. L'humain assisté par la machine et non l'inverse.

Quand nous aurons accompli ce saut conceptuel, placé cet étalon dans notre champ de représentation symbolique, alors l'invention majeure qu'est le numérique deviendra ce qu'elle est appelée à devenir : un formidable tremplin pour la créativité ainsi qu'un puissant facteur de richesse économique. Une fois sa puissance de distorsion démystifiée et qualifiée, intégrée et comprise, déclinée et incorporée dans — presque — tous les champs de l'action humaine, elle sera enfin le formidable outil de renouveau et de libéralisation destiné à ouvrir à nos côtés le millénaire.





Le Renouveau humaniste


Le retour de valeurs humaines y compris à l'intérieur de la sphère numérique n'est pas incompatible avec la bonne santé de l'économie.

Tout change mais rien ne change dit la sagesse chinoise. Pourtant il semble que l'humanité soit arrivée à une croisée des chemins. Pour de multiples raisons, notamment scientifiques et techniques, notre ordre symbolique, nos codes de compréhension, apparaissent comme étant profondément modifiés. Ce qui, sans une réflexion approfondie sur nous-mêmes et sur le monde, nous priverait de la possibilité de nous projeter dans le futur. La capacité simultanée de manipuler le génome, en intervenant sur le vivant, et celle de répliquer des éléments de notre activité intellectuelle par l'irruption grandissante de logiciels couplés à des machines de plus en plus sophistiquées qui reproduisent une part grandissante de notre activité, demande un surcroît d'analyse auquel l'esprit doit se préparer. Ces incursions sont poussées chaque jour un peu plus loin. Elles transforment notre environnement intellectuel et rendent nécessaire le développement de facultés nouvelles, voire de sciences nouvelles, afin d'intégrer ces transformations.

Chaque bouleversement de la pensée a donné lieu à la création de disciplines nouvelles. Trois grands chocs dominent  l'histoire. Le fait de réaliser que la terre n'était pas le centre de l'univers a permis à l'astronomie de se développer. Quand Darwin découvre l'évolution des espèces, nouveau traumatisme. On créé, entre autres, l'anthropologie. Enfin, le fait de s'apercevoir qu'une part de notre réflexion était guidée par l'inconscient freudien a provoqué un nouveau remaniement qui a ouvert la voie à la psychanalyse.

Nous arrivons à l'un des ces carrefours, notamment en ce qui concerne la génétique. Une réflexion éthique est nécessaire, mais elle ne doit pas interrompre ce qui est avant tout un progrès. Elle doit principalement l'orienter, l'encadrer pour qu'elle débouche sur une refonte utile des sciences de l'humain. Les dissections qui ont tant fait progresser la médecine étaient vouées à la condamnation unanime de leurs contemporains.

Face aux incertitudes ambiantes, le recul de l'histoire s'avère plus précieux que jamais. Nous vivons une période d'immense refonte dont le rythme est accéléré par les technologies qui se sont insinuées dans nos modes d'expression et se calquent progressivement sur leur vitesse propre. Le parallèle avec la Renaissance est éclairant a plus d'un titre. La civilisation européenne revisitait toutes ses valeurs à l'aune de la rationalité humaine. L'homme devenait l'étalon d'un monde en pleine refondaison. Toutes les notions étaient revisitées. La culture devenait un vecteur central des modifications en cours. Par le biais des sciences, on redéfinissait chaque domaine de la connaissance. C'est aussi le cas aujourd'hui, alors que toutes les sphères de l'activité, ou presque, sont intégrées par les outils numériques. A suivre…





Le Renouveau Technologique


Nous entamons aujourd'hui une nouvelle étape de l'aventure humaine. Un formidable défi, sur le point de révolutionner toutes nos habitudes de travail, d'échange et de loisir, est lancé individuellement à chacun d'entre nous. Liste de choses à emporter.

Faudra t-il encore longtemps répéter que la période que nous vivons, avec la brusque évolution des technologies traitement numérique, n'accuse rien d'autre que le décalage typique d'un Moyen-Age moderne ? Même rehaussé des reliquats de la modernité, celui-ci n'a pas encore intégré les transformations que suppose le passage à une autre civilisation. Les signes partout déjà repérables du renouveau échappent, eux, à la logique noire du monde. Témoin l'irruption imminente de la réalité virtuelle dans notre quotidien. Bonne nouvelle : la refonte des schémas anciens qu'elle suppose est une chance de perfectionnement. Profitons-en ! Il est grand temps de tordre le cou à toutes les idées fausses concernant une technologie qui a cristallisé pas mal de peurs ambiantes. Un doute qui traduit la réticence que certains ont à vivre les inconnues d'une situation qui ne leur est pas familière. La transformation leur imposerait de laisser tomber le catalogue des certitudes issues de l'époque contemporaine… et la crise qui va avec…

Que la réalité virtuelle sorte de son ghetto de joujou technologique inaccessible est une bonne chose. Nous avons énormément à y gagner, et c'est pourquoi il est si important de comprendre aujourd'hui ce qui va se passer demain.  Ici réside aussi la raison d'être de ce magazine. Une découverte mal cernée, mal comprise, y compris, au départ, de ceux qui l'ont imaginée, ne pourrait susciter que des approximations d'échelle, manquer sa vocation et alimenter de nouvelles erreurs. Dans un pays aux prises avec la compréhension et les recherches de solution des phénomènes réels, sa formidable puissance de traitement, d'échange, et l'espace potentiellement illimité d'un nouveau continent, apporteront un plus décisif. Les outils arrivent, ils sont enfin abordables et vont permettre aux applications qui demandent à être développées, de voir le jour. Car la ”machine pensante” apporte bien un progrès réel mais celui-ci, pour profiter à la société dans son ensemble, suppose que nous définissions maintenant les “correcteurs de rectitude”  qu'il implique.



La réalité virtuelle sera un des vecteurs de cet aménagement. Strate nouvelle du tissu social, elle annonce une cohésion nouvelle et des niveaux d'abstraction différents, une grammaire, d'autres formes de langages et une culture parallèle.

Mais l'homme doit rester la priorité. Il faudra se faire la douleur de garder à l'esprit que nous ne sommes faillibles, et que le développement virtuel ne peut se faire sans une relation implicite au concret. Les hommes ont toujours  eu énormément de mal à gérer des pouvoirs qui touchent au divin. Il s'agit, ni plus ni moins, de définir les fondations du monde qui se profile en lui insufflant l'humanité et l'humanisme qui aujourd'hui lui font encore singulièrement défaut. La machine a ce que nous pouvons y mettre d'humain.

Le travail à accomplir n'a jamais été si important, si passionnant, aussi. La société qui doit, à terme, s'en dégager a besoin de tout le monde. N'occultez pas votre talent, ni la richesse des complémentarités voisines. Chaque effort sera récompensé en retour des bienfaits d'une alchimie compliquée mais inépuisable.





La culture, clef centrale de l'économie


Précieuse alchimie de la société, la culture, bénéficiant de moyens de diffusion radicalement nouveaux, est à même de sécréter les ferments nécessaires d'une activité dense.

Parce qu'ils ne disposent pas toujours des éléments explicatifs suffisants et d'une vision cohérente à long terme, nombre de Français ont besoin de renouer avec leur destin. La France a elle-même un rôle de création théorique à jouer afin d'insuffler un souffle nouveau aux sociétés humaines menacées par des dérives économiques qui restent corrigibles mais qui appellent une cohésion internationale et des impulsions qui laissent une place à l'imagination. Celles ci peuvent et doivent renforcer la maîtrise que les individus auront de leur vie notamment professionnelle et de répondre aux enjeux qui nous viennent.

Économie et culture vont devenir indissociablement liés et cette interdépendance allant croissant, sans déprécier les secteurs traditionnels de l'économie, va ouvrir des champs d'activité larges et porteurs de richesse économique, facteur de cohésion sociale. Ces secteurs en cours de constitution, dont la part ne va cesser de grandir, doivent bénéficier à ceux qui les constitueront, c'est à dire une part toujours plus large des acteurs économiques dont le nombre ne va cesser de croître au cours des années à venir. Et ce jusqu'au niveau individuel.

La progressive intensification de la complexité des problématiques ambiantes demande un surcroît d'information. Celle ci doit monter et descendre facilement à tous les niveaux de la société afin que soient renseignés ceux qui en éprouvent le besoin. Le rôle pédagogique des médias est ici fondamental. Il tend à enrichir les grandes ébauches culturelles. Nombre de gens souffrent aujourd'hui de ne pas disposer d'une lisibilité de l'actualité qui leur permette de faire le lien entre la situation globale de l'économie ou des entreprises dans lesquelles ils travaillent, et leur situation propre. Or cette compréhension est fondamentale pour aborder sereinement les périodes à venir. Avertis, les individus peuvent se projeter dans des environnements dont ils sont capables de situer et les limites et les dimensions réelles. L'apparent manque de foi envers le futur n'est pas une fatalité. Il se combat avec les armes intellectuelles appropriées.

Quant à la culture proprement dite, elle est trop souvent considérée comme un ornement, précieux mais non déterminant pour se mouvoir dans la société. Elle va très vite devenir un atout incontournable pour ceux qui iront vers ces secteurs. La richesse et la profondeur des savoirs réactualisés à l'aune des nouvelles technologies vont provoquer une diffusion, jusque là parcellaire, de la grande culture classique en plus de toutes les variantes existantes. La renaissance, les lumières, les grands classiques du dix neuvième et certains éléments du vingtième, vont se trouver remis d'actualité. On associera ainsi le meilleur du passé avec un des plus grands potentiels du futur. C'est pourquoi le présent est si important. Il établit la jonction fondamentale entre des mondes pour l'instant adossés mais qui communiquent en des milliards de points. La frontière est mouvante et vivante. C'est celle d'une génération en activité.

La capacité de stockage par des machines de documents non corruptibles au cours du temps va permettre de faire passer sur des supports facilement accessibles des pans entiers du meilleur de la tradition philosophique de tous les temps. Nous ne sommes pas au début d'une période d'obscurcissement mais bien au contraire, et ce malgré des périls qu'il s'agira de combattre — comme l'irruption du fondamentalisme religieux dans les pratiques actuelles qui doivent aller vers le spirituel et la tolérance —. On accomplit actuellement une tache importante en numérisant l'ensemble des fonds bibliothécaires. Celle-ci est un préalable comparable au travail fait par les ordres religieux au moyen age ou à la traduction sous formes de livres par les imprimeurs au temps de Gutenberg. La confrontation des idées ou des modes de vie peut accoucher de violence comme on l'a vu en Afghanistan ou à New York, mais elle rendra la diffusion du savoir beaucoup plus large, y compris dans les sociétés développées. L'imprimerie a permis la diffusion à travers l'Europe de toutes les idées du Quattrocento. Elle ne s'est pas faite instantanément. Il a fallu une multiplication des centres de culture pour que le phénomène se diffuse au-delà des frontières de l'Italie d'alors.

Force est de constater que la présentation frontale de nombreux sujets télévisés tels qu'ils sont juxtaposés brouille la lecture que l'on peut en faire. Tout est souvent livré en bloc sans qu'une perspective ne soit fournie. Cette avalanche factuelle est poussée chaque jour un peu plus, et elle demande une compréhension qui devient plus délicate. L'éducation et ses prolongements au cours de la vie professionnelle par le biais de la formation peuvent permettre de mieux comprendre les problématiques actuelles et de les résoudre afin de préparer les reconfigurations multiples que demandent un nombre croissant de métiers.

D'autre part, la démocratisation de la culture, la nécessité de ne pas affaiblir le niveau de formation général du plus grand nombre, mais au contraire de favoriser l'évolution de celui ci, d'en faire une source de mobilité, d'intégration et de prospérité, est une priorité. De l'aide à la création dépend un grand nombre de propositions qui autrement ne verraient pas le jour. Chacun doit trouver les moyens de parfaire sa connaissance du milieu dans lequel il vit. L'audiovisuel a transformé le rapport à l'information et à la connaissance. Les savoirs ne s'acquièrent plus de la même manière et le processus de fixation des informations n'est plus le même. L'écrit qui avait régressé est de retour. La navigation au travers des banques de données et des catalogues qui rendent les infonautes actifs réactualisent la mémorisation, ce qui est de bon augure pour le futur.

Cette richesse d'ores et déjà présente dans de nombreux secteurs de la société s'exprime à tous les niveaux de la vie artistique et ira en se multipliant d'autant plus vite que pourrait être imaginé un réel droit à l'image, prérogative individuelle qui permettrait de protéger chaque citoyen et l'éclairage qui est fait de son activité. Cette protection permettrait au plus grand nombre de bénéficier d'un rééquilibrage salutaire qui instaurerait un genre formel d'égalité de traitement médiatique dans certaines situations propres à le remettre en cause.

Le capital culturel de chaque individu lui ouvre des perspectives dans la société. Il lui assure une quasi-sécuritéé de l'emploi dans des champs professionnels en expansion. Il solidifie ses attaches linguistiques, lui permet d'évoluer à partir d'un territoire donné et étant libre de décider de l'élasticité d'un lien auquel il souscrit pour son intérêt propre et pour la société à laquelle il apporte sa contribution. La liberté de la presse et d'expression sont à cet égard deux piliers essentiels de son activité en aval comme en amont.





Le Renouveau médiatique


Cantonnés jusqu'ici à quelques fonctions bien définies, les médias abordent aujourd'hui un nouvel âge. Petit point lumineux.

Généralement bien connus des professionnels, les rouages médiatiques réels sont en général mal connus du public. Pourtant, aujourd'hui, grâce aux évolutions technologiques et à une prise en compte en pleine redéfinition, ils connaissent des transformations que tous les spécialistes ne cernent pas. Les développements en cours sont tels qu'une mise au point s'avère nécessaire. Nous abordons une phase de mutation qui va transformer certains de leurs modes opératoires et leur donner une place nouvelle dans la société civile. Les médias deviennent un élément déterminant du politique, de l'économique et du social et leur intervention est en train d'être redessinée, voire repensée. Ils sont amenés à jouer le rôle d'interface entre tous les domaines d'activité et le public. Cela remet en cause un grand nombre de leurs attributions traditionnelles visibles.

Cela transforme surtout les chemins que suivent les informations et les biens culturels. La structure de l'échange se modifie. Au départ pyramidale et organisée selon des cascade de responsabilités, celle-ci s'appuyait sur des relations hiérarchiques organisées autour de relais satellitaires qui respectaient une disposition verticale et permettaient donc une ligne éditoriale, voire une censure politique. Ce n'est plus aujourd'hui le cas à l'heure où les technologies de l'information, comme Internet où les produits multimédias instaurent des types de relations horizontales en renforçant l'interactivité entre tous les acteurs qui deviennent actifs en tous points du tissu médiatique. Il est très difficile pour les autorités publiques nationales d'instaurer un contrôle de ce qui est avant tout un instrument à la fois conçu pour éviter toute tentative de contingentement et pour contourner toute rupture du lien informationnel. On peut donc parler de structure neuronale où chaque individu peut jouer le rôle d'émetteur comme de récepteur, et surtout peut organiser entre lui et l'extérieur des relations multiples régulées et comptabilisables selon des termes d'audience qui font qu'un individu séparé peut fonctionner dans ce contexte comme les anciens relais médiatiques qu'étaient les chaînes de télévision ou les stations de radiodiffusion. Cela dépend de sa capacité créative et de l'étendue des moyens qu'il emploie. Cela modifie en outre les conditions de l'échange et la culture médiatique de manière profonde.

Une nouvelle culture est en train de naître qui fait la synthèse des anciennes mais nécessite de l'imagination afin d'inventer les éléments comportementaux et relationnels nouveaux qu'il s'agit  de mettre en place. Cette culture doit réinventer les fondamentaux. Réexaminer un monde qui naît à l'aune de l'expérience des anciens afin de profiter de leur savoir. Bref effectuer une relecture du monde avec les outils d'aujourd'hui pour définir de nouveaux modes de fonctionnement.  Dans ce contexte, les médias sont appelés à fonctionner d'une manière originale et à devenir des sources d'approvisionnement culturelles et informationnelles. Une part de l'activité médiatique va devenir un relais de la pratique décisionnelle. C'est pourquoi une structure nouvelle doit se mettre en place. Une structure qui allie l'administratif et le médiatique devra permettre un exercice plus rapide et plus précis du pouvoir et instaurer des relations de communication entre tous les acteurs désignés de cette activité. Des départements entiers doivent être créés au sein de tous les ministères et de toutes les administrations afin de permettre d'articuler les données de plus en plus complexes de la prise de décision. Parallèlement, il est nécessaire de recréer une démocratisation de l'accès à ces réseaux, relais de l'action publique. A terme, il doit être possible pour chaque citoyen de disposer d'une voix, la sienne, dans l'exercice de la prise de décision. Il y aurait par conséquent un vote à échéances dont il s'agit de préciser la fréquence, qui permettrait la réalisation d'études et de sondages qui faciliteraient grandement l'exercice de la démocratie et la rendraient viable y compris grâce à l'irruption des nouvelles technologies. Celles-ci deviendraient alors des atouts plutôt que des obstacles. Mais pour se faire, il est  nécessaire de changer une part de la psychologie des acteurs politiques face à celles-ci.

Nous accomplirions ainsi une quadrature du cercle qui paraissait jusque là incertaine.





Réguler le chaos médiatique


Nous vivons aujourd'hui dans un désordre médiatique qui nous impose des motifs intellectuels éclatés préjudiciables à l'organisation de la pensée.

Les choses n'arrivent pas dans l'ordre. Il n'y a pas de structuration dans le long empilement de connaissances que nous permet la société médiatique. Chaque élément est placé dans des positions aléatoires et vient à nous suivant des codes et le long de chaînes de dissémination marquées par un ordonnancement souvent absurde. Certains professionnels du domaine ont leurs propres techniques de mémorisation et de classement mais ce sont des tentatives individuelles qui ont plus de la mnémotechnique que de l'organisation réelle qui est encore à mettre en place.

Notre période est une charnière parce que deux types d'éducations, voire plus, coexistent en ce moment. Deux ou trois profils générationnels tributaires de conditions culturelles très différentes. Le fait qu'on se surprenne encore que des enfants issus de milieux sociaux élevés puissent être incapables de lire en sixième est révélateur. Il ne provient pas du système éducatif — quoique, et il faut savoir pourquoi — mais de la manière dont l'information vient à nous, plus que nous n'allions, d'ailleurs, à elle.

Le fait est que la principale interface avec le monde, en dehors de l'ordinateur, est la télévision et que celle-ci est l'outil le plus chaotique qui soit. Chaque chose se présente suivant un ordonnancement qui dépend rarement du spectateur, malgré la possibilité théorique qu'il a de zapper, ou d'éteindre ce qui devient un tour de force pour certains tant la capacité des images à hypnotiser est grande. Il y a plusieurs manières de regarder la télévision, celles ci dépendant principalement du spectateur et de son niveau de maîtrise face à ce qui devrait rester un outil et non une mare dans laquelle il viendrait se noyer.

Beaucoup d'enfants ne disposent pas de la protection minimale face à cette puissance de séduction. Il n'y a pas d'éducation appropriée face à la télévision. L'audio visuel est luxe dans le parcours scolaire qui concerne quelques happy few mais il n'est souvent présent qu'à titre documentaire. Il n'y a pas de cours de communication à l'école et cela est dramatique.

Le langage de notre époque n'est pas enseigné aux enfants.

Ceci les prive d'une intégration de ce qui est une part constituante majeure de leur connaissance. Quand on pense aujourd'hui multimédia, on ne se dit malheureusement pas au moment de passer à l'intelligence artificielle et à certaine forme d'interactivité qu'une étape intermédiaire n'existe pas. Comme un pont servant à enjamber une rivière dont il manquerait un élément central.

Qu'on s'étonne ensuite du flou moral dans lequel pataugent beaucoup d'adolescents.

Pas de repères parce que pas de structure dans la pensée. Très peu d'esprit critique. Une absorption supplémentaire qui ne conduit qu'à un progressif effacement de la mémoire. Ce qui faisait office de fil conducteur a été constamment brisé par le rythme complètement éclaté du message télévisuel. L'esprit critique n'existe presque pas ou alors il est systématisé par des pseudo intellectuels qui font le métier de dire ce qu'il faut penser des émissions qu'ils viennent d'ingurgiter. Faillite supplémentaire de l'analyse. Une vaste entreprise de gommage dont sortent des capteurs sensibles souvent incapables de modifier ce qui vient à eux ce qui devrait être le but d'une éducation réussie. Une capacité d'intervention sur le monde. Une adaptation à celui ci.

Sans nécessairement faire de tabula rasa, il faut entièrement repenser l'éducation.



Dans un monde qui a changé, dont les modes d'action et d'activité ne sont plus les mêmes, la persistance de méthodes datant d'un temps radicalement différent devient un crève-cœur collectif auquel peu échappent. Il faut recréer un ordre dans l'arrivée des informations qui sont destinées aux enfants. Une gradation, pour qu'une enfance existe et soit suivie par des étapes adaptées qui donneraient des adultes libres à l'arrivée.

Aujourd'hui, les classes d'age volent en éclat. Les messages sont horizontaux et s'adressent souvent au plus grand nombre pour les placer sur un pied d'égalité factice mais formulé comme tel. Certains se plaignent du manque de respect. Or il n'y a pas de hiérarchie communicationnelle. Un même message est décliné sur plusieurs niveaux de lecture. La différence d'appréciation crée donc une fausse égalité d'autant plus préjudiciable qu'elle ne provient pas de l'apprentissage mais de l'expérience. La structure est sous jacente mais reste absente à la perception de la majorité.

La juxtaposition obscène au sens philosophique du terme de profils d'émission radicalement incompatibles dissout la compréhension et évacue un sens déjà largement battu en brèche. Il faut repenser la structure pour qu'elle leur procure des outils intellectuels adaptés à l'époque dans laquelle nous vivons. Il faut qu'entrent dans les cours des notions de philosophie, de sociologie, de communication, de techniques filmiques. L'éducation civique aussi certes, mais là n'est pas le centre. Il faut que les enfants parlent, et à fortiori comprennent, les langages de leur temps.

Alors peut être se dissipera le flou. Reprendront les grilles de déchiffrage, s'organisera la pensée enfin libérée du bouillon, de la soupe primitive de l'information. Notre système médiatique s'est échafaudé empiriquement. Il n'a jamais été préalablement pensé dans son ensemble. On a surajouté au cours du temps ce que les nouvelles techniques rendaient possible. La télévision n'est pas en soit un mauvais outil, mais il est probablement un des plus mal utilisés et des plus dommageables à l'heure actuelle.

Souhaitons que ce qui a pris trois siècles à se formaliser, à savoir la maîtrise et le contrôle individuel du langage écrit, puisse trouver plus rapidement les moyens de son apprentissage pour le plus grand nombre. Cela n'est pas un danger, au contraire, cette connaissance, pour le moment réservé à un nombre relativement restreint d'officiants, créera une richesse économique et une adaptation des citoyens à la société dans laquelle ils vivront. La solution se concrétisera sans doute face à l'ordinateur en brûlant comme c'est souvent le cas les étapes quand s'emballent les techniques.

Dans le cas contraire nous irions davantage vers une société d'analphabètes, inadaptés et poussés toujours plus loin vers les franges de l'associabilité. Ce qui est inadmissible.





La Renaissance d'Internet


La crise qu'à connu le World Wide Web n'est qu'une péripétie fonctionnelle. La galaxie Internet est non seulement viable à long terme mais elle ne sera plus remise en cause si nous savons inventer la théorie économique qui va avec.

Tout le monde s'est dépêché d'enterrer Internet. Le couplage des start-up avec les mécanismes internes du monde financier ont très rapidement faussé la donne, dérégulé toutes les structures solides sur lesquelles il pouvait reposer. Les bulles financières qui se sont constituées autour de chacune d'elles ont créé une fragilité d'autant plus grande qu'elles se sont comportées pour la plupart comme des entités virtuelles, et dépendaient largement d'une circulation d'autant plus volatile qu'elle n'était pas assurée. Malgré les tentatives marketing consistant à fidéliser des audiences qui dans l'absolu devaient devenir captives et dont les profils seraient mieux connus par des sites qui malheureusement avaient adopté des stratégies identiques au même moment.

La médiatisation d'un grand nombre d’entre eux a souffert de cette simultanéité qui réduisait d'autant leur visibilité, leur faisait déverser leurs munitions médiatiques au même moment et sur les mêmes supports. Un certain désenchantement a touché nombre d'employés dont les stock-options se sont révélées inexistantes en fin de cycle. Le constat semble noir.

Il est en fait beaucoup plus riche de potentiels que ce que certains semblent aujourd'hui penser d'autant que l'on a assisté à une concurrence objective entre "vieille" et "nouvelle" économie qui créait des déprédations inutiles. Les deux formes d'activité ont été à ce point opposées qu'elles se sont trouvées des raisons de douter l'une de l'autre, alors qu'elles sont fondamentalement imbriquées et ce à tous les niveaux. Elles ne coexistent pas sur des planètes différentes malgré la tendance des start up a baser l'essentiel de leur production sur des biens immatériels. L'excessive dérégulation des processus de création économique a fragilisé la structure sur laquelle elles reposaient de manière collective. Une structure de mousse savonneuse où chaque entité repose sur des appuis fonctionnant au niveau de leurs concurrents ou partenaires, en bulles qui augmentaient la flexibilité générale de l'édifice mais qui lui déniaient une architecture solide, qui puissent être renforcé par un certain nombre de règles d'or économique(s).

Les start up vont émerger à nouveau mais avec des structures bien plus solides en prenant notamment en compte les strictes nécessités économiques et règles de gestion. Calculs prévisionnels plus rigoureux, sécurisation des hommes et de leurs conditions de travail, dégagement de marges de fonctionnement et d'autofinancement directement issues de leurs marchés et non plus uniquement de business angels et d'institutions financières. Cette triangulation financière renforcera leur solidité. Leurs décisions seront inspirées de schémas réellement adaptés à leur type de fonctionnement.

Enfin, la grande nouveauté viendra de l'introduction de l'argent, variable qui n'était jusque là qu'à la charge quasi exclusive des start-up dans tous les domaines d'échanges. L'argent des ventes directes au niveau du web va rendre Internet directement profitable et constituer une immense source de financement. La nouvelle économie autant qu'on puisse la dissocier de l'économie tout court sera enfin opérationnelle et constituera d'une manière quasi automatique des structures de profits réels sous formes d'entités viables à long terme tout en conservant leur souplesse.

A ce titre ces entreprises auront la mission sociétale, non seulement d'injecter une part plus grande de cet argent dans la société par le financement de leur masse salariale, mais également de jouer ce rôle social dont elle voudraient trop souvent se défausser. Nous retournerions à la case crise profonde si cette masse économique était captée et vouée qu'à ne faire que sécréter des financements en boucles comme c'est encore trop souvent le cas. Cette articulation financière est responsable des effondrements auxquels on assiste aujourd'hui. C'est pourquoi il est nécessaire d'agir vite afin de reconstituer le tissu socio-économique des sociétés qui sont menacées par la disparition de leurs classes moyennes.

Ne vouer l'activité économique qu'à un niveau strictement financier nierait la valeur des infrastructures qui seraient ainsi dévitalisées, mêmes lorsqu elles sont viables, voire bénéficiaires. Ce à quoi nous assistons fréquemment. La crise vient en grande partie d'une dématérialisation de la richesse qui perd ses attaches avec le concret et se distancie par conséquent des acteurs économiques individuels et collectifs auxquels elle nie toute implication dans le processus de production. Elle contribue également à la destruction des structures étatiques qui garantissaient une part du fonctionnement collectif des sociétés. Le respect des acteurs économiques est une nécessité à laquelle les entreprises doivent réfléchir comme arpent de théorie économique vital à la préservation sur le long terme des facteurs de production. L'immatériel pour l'immatériel créé une mise en boucle redoutable y compris pour ceux qui s'en estiment bénéficiaires.

C'est la raison pour laquelle, la création de la richesse inouïe que va créer Internet doit préalablement être encadrée par une théorie économique qui fasse une part principale à l'homme en tant que variable économique, afin de le réintégrer dans la pensée économique. Une robotisation à outrance ne résoudra pas le problème. Les sociétés humaines doivent dégager des espaces viables pour leurs concitoyens et ce au niveau international dans la mesure où l'interconnectivité des systèmes ouverts rend cette dépendance incontournable. Il s'agit de rendre humainement productive et de maîtriser collectivement une mécanique qui autrement deviendrait une machine infernale, myope et dévastatrice. Cette prise de conscience est en train d'éclore en de nombreux lieux de l'activité économique mondiale y compris dans ses centres.

Les biens qui seront échangés, qu'ils soient réels ou virtuels, rendent nécessaire l'établissement de règles de financement et d'échange propres qui permettent une réinjection financière dans les sociétés humaines.

Pour toutes ces raisons et à partir du moment où seront mises en place ces glissières de sécurité, Internet va ouvrir un nouveau cycle de richesse économique à un échelon nécessairement mondial dans la mesure où tous nos systèmes d'échanges informationnels sont à présents ramifiés. Le redépart de l'activité économique éloignera de nous trois grands maux : l'ennui, la paresse et le besoin disait Voltaire. Aujourd'hui cette prise de conscience amènera également la réduction d'une part des inégalités, donc de l'insécurité et, par-là, du terrorisme.

La carence fait perdre aux hommes leurs réflexes de civilisation. La croissance les leur rend.





Le Danger d'une TechnoReligion


Danger majeur à venir ou tentative de refondaison spirituelle, gros plan sur ce qui pourrait devenir, si nous n'y prenions garde, la deuxième idéologie à venir du XXIème.

La dématérialisation croissante de la réalité nous place dans une perspective d'abandon du sens auquel l'homme de par sa constitution, ne peut, n'a pas pour vocation à se résoudre. Un immense vivier à tonalités dissonantes dans lequel doit s'échafauder, malgré tout, la longue construction de son esprit, de ses savoirs et une colonne vertébrale morale sur laquelle puisse reposer et s'orienter son existence. Dans ce contexte s'échafaudent des enjeux majeurs qui le place en situation d'être libre de déterminer son destin ou bien de subir le joug de l'immiscion dans le champ de son activité de contraintes nouvelles qui diminuent son potentiel de choix. A l'heure où se créent des structures de pouvoir qui échappent au contrôle des citoyens ou qui, du moins, ne concèdent aucun droit de regard sur la manière dont elles fonctionnent, la question commence à se poser avec une acuité nouvelle.

La possibilité pour une entité unique de corrompre la liberté de l'ensemble des individus présents sur cette planète et d'établir une forme de pouvoir centralisé qui les touche tous n'est plus tout à fait une vision idéaliste de comic stripes. A l'heure où l'on voit se constituer des hyper conglomérats médiatiques touchant à ce qui est plus essentiel que le simple entertaintment mais qui est le socle et le vecteur de la pensée, du goût et de l'art, un saut quantique dans l'ordre du contrôle de cette information n'est plus tout à fait impossible d'autant plus que ces puissances ne sont pas responsables devant des institutions démocratiquement constituées et qu'elles bénéficient de moyens technologiques décuplant leur maîtrise de cette même information.



La transformation du discours de telles organisations dirigées en définitive par un individu unique voire une machine unique ayant intégré tous les mécanismes de prise de décision (nouveau front dans l'avant garde de la recherche logicielle) en discours dogmatique au sens où l'entendait Orwell, d'autant plus puissant que pouvant intégrer une composante fondamentaliste basée sur le respect d'un cérémonial mental par elle-même édicté, pourrait accoucher d'une technoreligion. Si cette puissance peut s'accaparer les moyens de l'action publique notamment dans le domaine militaire et policier alors on pourrait se trouver, à force de n'opposer que des vigilances molles aux évolutions planétaires de concentration de pouvoirs, face à une idéologie agissante dont il serait alors beaucoup plus difficile à terme de s'extraire.

Il est aujourd'hui urgent que se constituent des instances de critique et de diffusion des idées qui puissent relayer à une échelle large les fondements de la culture spécifique à constituer et à aménager pour qu'elle puisse jouer ses rôles traditionnels de valorisation de l'esprit aujourd'hui insensiblement nié dans le discours consumériste des médias et les attributions nouvelles qui verront sans doute bientôt le jour comme la création de contre pouvoirs européens et internationaux dans les segments encore inexplorés que développent aujourd'hui les nouvelles technologies, et ce d'une manière qui ne soit pas tributaire d'une immédiate rentabilité commerciale. Les commissions informatique et liberté sont encore, malgré un début de maillage international largement désarmées devant la réalité qui s'ébauche. Internet, système de diffusion très ambivalent dans la mesure où il dépend largement de ce qu'on en fait, s'avérera probablement être un formidable instrument de partage de ces mouvements de pensées et d'aide à la nécessaire prise de conscience qui doit aujourd'hui s'instaurer.

Le chaos n'existe que si l'esprit ne parvient pas à le dominer. Or l'esprit a toujours à ce jour les ressources nécessaires pour réintroduire une efficience de la pensée globale suffisamment puissante pour maîtriser les évolutions à venir de la machine pensante. Il ne faudrait pas que cette limite soit franchie. A nous d'imaginer une forme de pensée et d'organisation qui permette d'avoir une prise sur lui.




Remarques sur l'économie dématérialisée


Face à l'abandon et à la perte de repères dans des formes abstraites et virtuelles de fonctionnement, les économies occidentales et mondiales disposent d'alternatives qui s'avèrent opérantes sans pour autant revenir en arrière. L'heure est venue d'un New Deal Mondial.

Nous sommes tous, ou en tout cas la grande majorité d'entre nous, victimes d'illusions d'optique qui peuvent s'avérer particulièrement préoccupantes. La mise en équation des économies occidentales de plus en plus tributaires de schémas d'organisation virtuels amenés par des principes d'organisation basés sur des fluctuations financières est patente. Les références concrètes se déplacent progressivement vers l'immatériel découplé d'une valeur de plus en plus déconnectée de celle du travail, des infrastructures et des structures monétaires traditionnellement afférentes.  Elles fragilisent celles-ci car elles les exposent de plus en plus non seulement aux fluctuations financières mais également aux variations symboliques de l'information.

Les mécanismes qui sont désormais à l'œuvre échappent parfois à ceux là même qui en sont les instigateurs. Pourquoi une telle fragilité, pourquoi prêter le flanc aux dégâts que peuvent produire des formes d'action particulièrement archaïques ? Nous sommes en définitive, les victimes avérées ou à venir d'un processus que nous éprouvons du mal à réguler et les déprédations peuvent être aussi sensibles dans les pays à structures insuffisamment diversifiées que dans les pays qui se veulent les champions du capitalisme, notamment les États Unis dont les visées et visions économiques s'imposent souvent au reste de la planète.  Les chiffres du chômage y repartent actuellement à la hausse et cette réalité a des répercutions dans tous les pays.

Serions-nous si démunis face à cette situation ? Le temps qui passe doit-il nécessairement jouer contre nous ? C'est à mon avis faux. Entre les retours tambourinant aux pratiques d'un autre age — alors que le monde a effectivement changé et qu'elles s'avèrent d'une manière patente souvent inadaptées — et les prises en compte mal assurées de la dithyrambe passionnée des pionniers de la nouvelle économie — qui a tout de même permis de rompre un cycle des crises que nous avions connues durant une vingtaine d'années — il y a d'autres attitudes plus directement opérantes qui tiendraient davantage compte des réalités humaines et techniques et le rapport qu'elles peuvent entretenir.

Il faut en premier lieu arrêter les déprédations. C'est le sens de la formidable mobilisation planétaire à laquelle nous assistons. On peut dire qu'elle est en train de réussir mais elle ne doit pas relâcher son effort. Le 11 septembre 2001 a été un électrochoc au plan mondial et s'il est une chose à souhaiter, c'est que de cet événement incommensurable puisse en retour naître une prise de conscience planétaire dont nous pourrions être les bénéficiaires. La raison pour laquelle Florence est devenue la capitale, le centre florissant de la Renaissance provient selon la majorité des commentateurs et historiens d'une expédition avortée du Duc de Milan contre la ville. Le choc provoqué dans les esprits de ce temps a précipité comme un catalyseur une réaction, la mise au clair des principes qui ont ensuite guidé la ville pendant deux siècles et accouché de quelques-unes unes des plus formidables réalisations de l'esprit humain de tous les temps.

C'est ce qu'on peut aujourd'hui souhaiter. Que nous nous engagions dans de nouveaux cycles de développement. Cela n'est évidemment pas structurel mais les conditions d'une résurgence sont présentes. Une chose est claire, elle ne s'opérera ni automatiquement ni instantanément. Il faudra pour parvenir à ce stade de développement et de croissance mondiale, de croissance la plus large possible, que la variable humaine redevienne centrale dans les schémas de réflexion de ce qui font actuellement profession que de ne la réduire. C'est sa valeur, sa qualité et la pertinence de ses productions qui feront l'économie majoritaire de demain. L'articulation principale entre les domaines de culture ou d'information et les techniques qui les relayeront. Il faut que les conditions de l'épanouissement individuel à un niveau très large soient réunies... Tous les autres domaines d'activité restent valables mais ils vont peut à peu bénéficier des apports de ce noyau central.

Cette extension du domaine de la croissance ne peut exister que si l'on se décide enfin a faire l'abandon du manichéisme et du malthusianisme qui guide beaucoup de réflexions ambiantes, notamment en matière économique. L'économie de coûts à outrance notamment en rognant de manière souvent peu perceptive sur les budgets humains et les concentrations qui réduisent de grandes entreprises structurées à des réservoirs financiers virtuels ou déplacent les installations sous prétexte qu'il faille remettre à qui de droit ambiant les actifs qui y sont rattachés est une politique qui à long terme condamne des populations entières à la paupérisation y compris celles qui font aujourd'hui le pari d'accueillir les structures délocalisées.

Les économies mondiales, y compris américaine, souffrent d'un manque de préhension sur les variables financières. Le fait d'attirer les valeurs mondiales, y compris par des moyens techniques disproportionnés (je pense à l'utilisation de systèmes de réalité virtuelle et de structures logicielles dédiées) automatise les procédures de fonctionnement boursier et leurs réactions aujourd'hui en lisière du rationnel de ces appareillages et renforce tous les ostracismes mondiaux, tous les fossés, toutes les fractures. Elles asphyxient la planète, lui retirent son oxygène, c'est à dire leurs puissances monétaires. L'eau c'est la vie, or cette eau, cette manne qui permet à une sophistication d'exister mais aussi et plus fondamentalement aux besoins fondamentaux d'être assurés, se retire du paysage local de nombreux points du territoire global. On le voit en Argentine...

Il est urgent que cet argent revienne à ses destinataires. Que s'établissent des contre-pouvoirs, des contre-courants à ce flot, qui va du vivant à la mémoire morte des ordinateurs et autres serveurs. Ce flux doit se remettre à fonctionner dans les deux sens. La circulation sanguine de la planète est altérée. Elle doit être soignée, assistée, puis peu à peu rétablie d'une manière progressive et douce qui permette l'assainissement de zones géographiques entières.

C'est l'investissement au plan mondial plutôt que la sempiternelle économie sur les salaires qui est à viser, c'est l'élargissement des structures en lieu et place des dramatiques économies d'échelles qui semblent guider l'entendement de ceux qui appliquent de manière aveugle — ou presque — les principes erronés qui président à la prise de ces décisions. Le mépris et le peu de cas qui est fait de millions d'hommes et de femmes est patent et dangereux. Nous sommes victimes d'une dynamique faussée, de cercles vicieux qu'il faut avoir l'énergie de transformer en cercles vertueux. L'argent doit circuler à tous les niveaux. La valeur doit être repensée en prenant comme étalon l'homme, l'humain, l'individu. Son développement harmonieux au sein de la communauté dans laquelle il habitera.

C'est l'aide à la consommation, non par un unique vecteur mais par un ensemble de facteurs retour de l'activité. Le salaire minimum est une garantie nécessaire, il doit exister au sein d'un faisceau de droits et devoirs nouveaux qui permettent d'établir un nouveau contrat social et économique dont nous serions tous les bénéficiaires et par rapport auquel nous pourrions découpler notre intervention dans le domaine économique et culturel. Les situations absurdes doivent refluer et les bénévoles recevoir une part retour pour l'investissement qu'ils font de leur temps. Le temps est déjà une variable économique. Il peut devenir une variable symbolique de l'activité dans un champ économique donné dont il assure la pérennité.

Les structures existantes doivent bien sûr rester en place mais être améliorées par l'adjonction parallèle de facteurs de financement individuels issues de l'activité économique dominante, c'est à dire le marché au sein duquel la bourse a une place importante. On voit aujourd'hui quelles peuvent être les limites de l’ultra libéralisme et sa fragilité face au terrorisme par exemple. Il se renforcera en accédant enfin aux conseils de certains de ses meilleurs économistes, je pense notamment à la thèse de Tobin, qui notons-le en passant s'étonne lui-même que sa théorie ne soit considérée comme une théorie dite "de gauche" tant la nécessité d'une redirection d'une part minime des gains financiers boursiers parait une évidence au strict sens analytique et une nécessité de survie à long terme des institutions financières. Activité, gain, taxe. Si des structures para étatiques, internationales doivent exister, c'est là une de leurs missions et c'est une des conditions de leur fonctionnement harmonieux. En réintroduisant du social à l'échelle mondiale, on effectue un strict travail de prise en compte comptable du fonctionnement d'un secteur majeur de l'économie mondiale mais qui a une incidence sur chaque fraction du territoire, sur chaque pays, et en définitive sur chaque type d'activité si la redistribution qui en est faite s'avère équitable et durable.

C'est pourquoi il serait judicieux que les fonds ainsi dégagés aillent en priorité à l'ONU et financent des projets de développement, des taches de maintien de la paix, permettant du même coup de réduire sinon d'effacer une part des cotisations des pays membres. On renforcerait ainsi l'action humanitaire, et le commerce mondial. Cette mesure de simple bon sens comptable permettra aussi d'alléger le fardeau qui pèse sur certains pays, permettant de stimuler leurs économies, d'instaurer des relations partenariales dans lesquelles ceux ci redeviendront des interlocuteurs à part entière, ayant une gestion plus saine de leurs ressources, ce qui à terme permettra pour ceux qui en sont encore privé, des avancées démocratiques et sociales et des échanges culturels et technologiques.

Il s'agit de renforcer l'adjonction de règles dans des structures qui touchent la limite de leur logique parce qu'elles manquent de critères d'évaluation objectifs et de rattachements économiques précis. L'argent virtuel aujourd'hui a de moins en moins de contact avec la réalité économique. Les règles de solidarité étendue en renforçant le rôle des structures sociales étatiques vont également aller dans le sens de la logique économique qu'il est nécessaire de mettre en place.

La main invisible doit devenir visible. La liberté doit rester la règle, mais elle doit se doubler d'une conscience planétaire des enjeux humains qui est encore très largement insuffisante même après le drame du World Trade Center. Nous sommes sur la bonne voie mais l'inertie des mouvements ambiants achève d'amplifier les déprédations enregistrées. Il faut une dynamique réellement forte et une volonté politique et financière résolument ambitieuse et inspirée pour sortir du cycle dangereux dans lequel la conjoncture menace d'enfermer les économies occidentales et à fortiori les économies du reste du monde.

Le libéralisme doit en tout cas montrer les réserves conceptuelles dont il dispose pour assurer sa capacité à se réformer. A se renouveler. A renaître des cendres du World Trade Center. Sinon, nous irons à terme vers une dislocation des structures particulièrement dommageable à l'ensemble de la communauté internationale, dérèglement dont bénéficieront tous ceux qui, comme Ben Laden, font profession d'exploiter les tiraillements actuels. Nous faisons partie d'un long processus de maturation économique, politique et culturel qui doit faire appel à l'histoire économique car celle-ci nous tend des explications pertinentes et nous donne des capacités de renouvellement dont nous sommes capables à une échelle élargie. Il faut quitter l'absurde absolu auquel nous venons d'assister. La nouvelle économie doit être pensée dans cette perspective. L'humain assisté par la machine et non l'inverse. Nous devons aujourd'hui inventer une économie à dimension anthropologique. Renforcer la démocratie dont on voit très clairement qu'elle puisse être menacée par la volonté de nuire d'un individu et de ses réseaux.

Quand nous aurons accompli ce saut conceptuel, placé cet étalon dans notre champ de représentation symbolique, alors l'invention majeure qu'est le numérique deviendra ce qu'elle est appelée à devenir : un formidable tremplin pour la créativité ainsi qu'un puissant facteur de richesse économique. Une fois sa puissance de distorsion démystifiée et qualifiée, intégrée et comprise, déclinée et incorporée dans — presque — tous les champs de l'action humaine, elle sera enfin le formidable outil de renouveau et de libéralisation destiné à ouvrir à nos côtés le millénaire.






Le Renouveau Médical


Les rapports entre la médecine et l’informatique  sont en train de bouleverser les pratiques thérapeutiques

Fin du XXème siècle : certainement une des périodes les plus troublées et les plus complexes de l’histoire... Sur le terrain des sciences et des technologies, se livre une des mutations les plus profondes de la manière qu’ont les hommes de comprendre leur monde et de dialoguer avec lui.

Alors que les activités humaines à venir sont en train de se modifier radicalement comparé à celles qu’ils avaient l’habitude d’exercer, il n’y a de cela que quelques dizaines d’années, et, par delà les situations de la vie du “tous les jours”, les médias, par la nécessité qui est la leur, de rendre compte du passage du temps, induisent aussi, quels que soient leurs moyens et orientation, le flou d'événements encore trop rapprochés pour que nous puissions bien les discerner. Un paradoxe bien réel qui, parfois, ne rend plus trop possible une vision d’ensemble des choses comme celle, alors nette, qu’avaient nos ancêtres de leur monde.

Il peut être grand temps, aujourd’hui, d’essayer de lire entre les images animées et les rêves de la vie, des phénomènes, à la fois, plus amples et plus précis qui pourraient bien nous fournir ces réponses qui nous manquent lorsque nous cherchons à comprendre  pourquoi notre société connaît les problèmes qu’elle traverse actuellement.

Et connaît des réussites, aussi.

La mutation dont il s’agit, plus que d’une mutation de la société, est, d’abord, une mutation de l’homme lui-même, transformé, redéfini, parce que sans cesse amené à réactualiser ses modes de vie. Un citoyen de la fin du XXème siècle qui doit constamment remodeler les habitudes qu’il avait acquises et ceci à un rythme toujours plus soutenu. Cela au regard des dites nécessités d’un développement qui le dépasse et le laisse parfois un peu décontenancé.

Plus que tout, il a aujourd’hui besoin de se rééquilibrer, de savoir ce qui lui arrive et ce qui arrive à la planète sur laquelle il habite car s’il ne lui est plus nécessaire de parvenir à une compréhension globale, exhaustive de la situation du monde. Celui ci s’est tellement diffracté atomisé, réfugié derrière des façades, disséminé en petites zones d’activités sectorielles hyper spécialisées, qu’il lui échappe désormais. Les possibilités qu’il a de se former ou de s’informer ne peuvent pas non plus le lui faire pénétrer facilement.

Pourtant il est tout de même possible de lire entre les pas de programme. Il est possible de comprendre la signification du phénomène ordinateur dont la possession, pour une société, conditionne désormais la réussite. Il est possible de prendre en compte les données de cette évolution et de finalement nous sentir plus libres et plus sereins aussi dans un monde dont nous percevons le sens.

C’est à cette découverte, à la compréhension de ce qui nous touche, de nous-mêmes, en définitive, que nous vous convions à présent, à travers un panorama de modifications dont il devient urgent de connaître les risques et mais aussi l'étendue des promesses.
Il nous est temps d'exercer notre propre droit de regard, et de comprendre ce futur ex machina. De lui donner sa dimension humaine. La notre.


Épisode développé :  Médecine et ordinateur.

Un homme individualiste, uni dimensionnel dans un monde multidirectionnel : Voilà l’homme au sortir des années 80. Petit à petit, poussé à adapter son comportement aux contraintes d’un milieu qui le façonne, en retour, autant que lui-même le transforme qui cherche en lui l'énergie, la capacité d'améliorer un monde encore très imparfait dans lequel il vit  un peu en stand by.
Attendre ? Attendre qui ? Quoi ?

Le futur est là où on le crée... Il cherche son  fil d’Ariane.
Dans une période troublée qui se grime des couleurs de l’Europe de la fin du moyen âge alors ébranlée, au sein de sa structure même, par des problèmes profonds d’inadaptation. Une Europe qui développait pourtant ses échanges commerciaux, ses foires, et dont les savants commençaient à échanger leurs savoirs. Une Europe où allait naître les temps modernes.

Au début du quadroccento, la médecine avait jouissait d’une fort mauvaise réputation. En effet, le manque de cohésion d’une société en proie à des difficultés de tous ordres, rendait déjà sensible la crise du monde médiéval et les recherches entreprises par les savants de l'époque étaient très controversées. Problèmes éthiques, désordre religieux, dislocation économique, dysfonctionnements juridiques ou administratifs, famines, calamités, guerres...

Aujourd’hui, l’Histoire, par delà les spécificités de la situation actuelle, nous invite à assister en témoins au formidable retour de balancier de son cours pas toujours très tranquille. Respiration des civilisations. Les médecins d’avant pratiquaient la saignée, raisonnaient “humeurs et esprits néfastes”.

Aujourd’hui, la guerre qui fait rage aux portes de l’Europe pour des raisons ethniques et religieuses est-elle très différente des guerres de trente ans ou de religions ? La peur inscrite de la bombe n’a telle pas été notre peur de l’an mille ? Le Sida, lui aussi, n’est-il pas justement cette peste noire du Moyen Age déclinée au mode présent ? La malnutrition comme dans certains pays de l’Est, ou les famines en Afrique, nous ont-elles tellement éloignés de nos ancêtres du treizième siècle ?

A toutes ces questions il faut répondre par la négative. Non, nous nous sommes effectivement différenciés des contemporains d’Hugues Capet ou de Philippe le Bel mais, en deuxième lecture, notre monde présente pourtant bel et bien d’étranges similitudes avec celui qu’il était au mode médiéval. Celui-ci, d’ailleurs, n’était pas vécu pour ses contemporains comme une période d’obscurantisme. C’est notre vision d’hommes du futur qui l’a interprété de cette manière, avec l’objectivité plus aiguisée que donne le recul du temps et aussi le manque de précision du à la progressive extinction des témoignages en faveur du prévenu médiéval.

Au milieu du désordre apparent, de la remise en question de l’idée même de progrès, au milieu de la confusion générale se met pourtant en place, en architecture parallèle, un monde nouveau qui est le fruit d’un changement qui commence déjà à être partout repérable; ce mouvement périodique de relance pendulaire des civilisations humaines. Un mouvement qui modifie une à une les données du monde dit moderne afin de lui substituer des modes de fonctionnement refondus.

A la renaissance les forces du renouveau allaient bousculer un continent qui craquait de toutes ses coutures et ceux qui allaient suivre, en déstabilisant l’ordre établi, prétendument immuable des choses. Ils redéfinirent la nature à la dimension de l’homme... Et c’est bien sur le terrain de la médecine en particuliers que ces enjeux se manifestaient.

Descriptions des sujets :

C’était bien de l’homme qu’il était question.
Recherches : découvertes algébriques, géométriques, rationalité : apports de la science à la médecine.
Études du corps humain. Anatomies, dissections problèmes éthiques. Dissections : analyse de l’homme rationalisé
Identité entre art et médecine : planches anatomiques de Vésale. Prolongements actuels. Idée de développements conjugués de deux secteurs traditionnellement séparés.
Compréhension  de la circulation du sang : Ambroise Paré. Progrès de la chirurgie. Influence des conflits Si l’évolution des techniques: Invention des hommes de synthèse à l’US Air Force, US Navy ou à la Nasa.
Développement d’une médecine médicamentaire. 600 ans seulement.
Concept de l'hygiène. Semmelweiss. Problème des barrages psychologiques de la société.
Modification des outils de soin. Invention de nouveaux appareillages. Importance naissante des machines.
Adjonction de nouveaux appareillages de plus en plus sophistiqués. Développement des techniques de Calcul, Charles Babbages, Pascal etc.
Les vaccins etc., les outils d’assistance les reins artificiels les photographies aux
Rayons X ( Röndghen X Strahlen)
Les appareillages sophistiqués. L’analyse des phénomènes.
Les systèmes experts. Modélisation.
Les médecins assistés par ordinateur, l’aide au diagnostic.
La RMN, la tomographie; la troisième dimension.
Les voxels modélisation d’un homme de synthèse : c’est un extra terrestre. Issus des terres immatérielles de l’intelligence abstraite des ordinateurs.
La recherche génétique ( cartographie du génome humain par ordinateur : équipe française), biologie moléculaire (prix Nobel de Lehn), analyse des chocs particulaires.  Simulation dynamique de phénomènes complexes... etc....
Les corps de synthèse : dissection de modèles de synthèse : ADAM (Animated Dissection of Anatomy for Medecine : Système fonctionnant sous Macintosh. ) qui se généralise dans les facultés de médecine.
Les opérations assistées grâce aux nouvelles techniques de visualisation (exemple d’un pontage coronarien).

La refonte de notre activité symbolique, touchant tous les domaines d’activités humaines, redéfinit en particuliers la médecine. Ces identités feront de la période qui s’ouvre , une ère où la médecine sera probablement vécue de manière moins traumatique et où les connaissances seront appuyées par des outils d’expérimentation toujours plus calibrés grâce à l’adjonction de l’informatique venant dispenser les praticiens d’une partie du travail traditionnel de thérapie pour se focaliser sur des domaines ainsi mieux définis.
Exemples de traitements futuristes : timbres, téléportation, modifications génétiques etc. etc...





e-Business : année 00


La convergence de plusieurs facteurs décisifs inaugure l'année zéro d'un essor sans précédent de l'e-commerce...

Nous sortons d'une période contradictoire. L'apparente régression à laquelle nous venons d'assister sur le marché des technologies était principalement due à des facteurs conjoncturels et à une prise en compte mal interprétée de l'impact de celles ci sur la société. Ce nécessaire questionnement s'est effectué dans un contexte de grande versatilité des marchés, et dans une certaine mesure ce débat ne pouvait se dérouler de manière adulte sans fragiliser les fondements, du reste assez sensibles, sur lesquels s'appuyait alors cette forme nouvelle d'économie. Associée à une volatilité excessive des financements dont elle bénéficiait, elle s'est d'une certaine manière produite trop tôt dans un contexte de trop faible développement des habitus associés à la pratique de l'internet.  Une fracture numérique encore trop nette.

Ce contexte est aujourd'hui dépassé.

Nous venons d'atteindre une masse critique dans le nombre d'internautes connectés à l'heure où de grands sites prestigieux sortent d'une longue période de déficit comme c'est le cas pour Amazon.com. Les schémas commerciaux viennent enfin rencontrer les aspirations de leurs bénéficiaires. La vente en ligne débouche sur la constitution de structures économiquement rentables, non par les prestations qu'elles proposent à des membres enregistrés ou par la publicité, elle-même encore trop volatile, mais par la vente effective de biens et services. Les réseaux de distribution se constituent, c'est l'ébauche d'une nouvelle forme d'échange par la constitution de structures de distribution pour l'instant inexistantes ou par les sociétés classiques de port ou de courrier qui reconvertissent une part grandissante de leur activité. Tant que ces réseaux n'existaient pas, on ne pouvait parler de relation business client satisfaisante.

Une autre des conditions primordiales de cet essor, l'opérabilité financière des paiements devient enfin une réalité et l'exigence de sécurité qu'elle supposait est enfin possible par la mise au point de protocoles réellement efficaces.  Cet élément est essentiel. Le commerce était bloqué par les réticences légitimes des acheteurs qui attendaient des moyens de paiements sûrs pour passer à l'achat sur le net. Ces protocoles deviennent accessibles au niveau de l'individu dans de petites infrastructures simples à mettre en place qui lui permettent donc désormais ne plus simplement être un client passif mais de se muer en mini entrepreneur, en vendeur concessionnaire d'un bien ou prestataire d'une activité dont il pourra tirer bénéfice.

D'autre part, la portabilité des technologies actuellement développées apporte une souplesse nouvelle capable de dynamiser l'action commerciale. Il faut en attendre des emplois nouveaux de manière massive, chaque individu pouvant virtuellement se muer en acteur du type nouveau d'économie qui se met en place. Il faut en attendre un redépart économique majeur dont nous aurons tous à bénéficier dans les années à venir.





Vers la société multiculturelle de l'avenir


Une attitude puritaine en matière de flux humains et culturels est une misère de l'esprit autant qu'une ruine à venir des pays qui la prôneront.

Une des questions qui semble agiter certaines petites consciences asservies par des années de ruminations stériles ces temps ci est celle de la préférence nationale dans un but d'évidente préservation des intangibles valeurs qui ont fait l'inexpugnable gloire de certains grands peuples marmoréens. On a la trouille, on s'inquiète. En un mot comme en trois, l'étranger fait peur. Son externalité, son peu d'adhérence aux thèses défendues par ces soit disant penseurs préoccupe. On y va à reculons avec commisération et le maximum de précautions oratoires qui s'imposent — quand on y va. C'est la belle attitude de ceux qui surfent entre leur boulanger, leur supermarché et leur lieu de travail culturel.

Dans le triangle exigu de leur manque de foi en l'avenir.

Ces personnes et cela est valable à l'échelle mondiale voudraient nous intimer l'ordre de détester en retour ce que nous comprenons, d'abandonner l'attitude d'ouverture qui — miraculeusement — semble encore être la notre et nous ramener aux époques féodales qu'ils n'ont pas tout à fait quittées.

Fermeture des frontières, fermeture des ouïes, retranchement dans les soubassements d'une culture qui se flétrit. Rejet du différent, quasi-volonté nationaliste de purification ethnique. On ne se mélange pas, on refuse de recevoir tout ce que l'on a à recevoir. On se ferme, on gèle des écoutilles. Super attitude qui va directement du point de la relative entente jusqu'à l'affrontement. Quand on se cramponne à de petites certitudes périmées, il arrive que les problèmes que vous niez vous rejoignent là où vous tenez.

Nous avons tout à gagner de la multiplication même à outrance des échanges. Nous avons tout à gagner de faire confiance à une jeunesse qui a pourtant été systématiquement maintenue dans un état de minorité critique, écartée, incomprise, soumise à une mise en boucle des desiderata adultes.

On voit aujourd'hui quel est le résultat de cette attitude. Tout va bien pour un nombre toujours plus réduit de personnes soucieuses de conserver indéfiniment les choses en l'état dans un monde qui n'a jamais changé aussi vite. La fin de l'histoire était une bien belle mécanique, huilée, équilibrée, généreuse presque, mais totalement irréaliste.



Aujourd'hui le futur déborde de partout.

Il nous atteint même dans les endroits où nous cherchons à l'éviter. Comment l'intégrer ? Internet est une stratégie du débordement mais c'est aussi une fabuleuse machine à développer des pratiques intellectuelles et culturelles dans l'accroissement des contacts, dans la densité de ses contenus, et la réalisation des potentiels qu'il permet de concrétiser. Mais là aussi nous doutons.
Nous reproduisons les petites contorsions protocolaires qui ont présidé à l'accueil de toutes les inventions majeures. L'aspect négatif est amplifié par cette attitude de commisération. Les croyances se rencontrent. Sans une prise en compte ouverte de toutes les tendances, comment aujourd'hui les faire communiquer ? De telles évidences paraissent difficiles à faire admettre à certains responsables dans la mesure où ils ne parviennent pas à les séparer d'aspects géo stratégiques qui sont pourtant transparents dans un contexte de développement des technologies de communication.

Certaines sociétés reposent sur des valeurs qui semblent demander une forme de séparation ubiquitaire. Les mettre en contact avec la réalité internationale peut provoquer des séismes. Comment les intégrer sans les dénaturer autrement que par un respect de leurs traditions et une reconnaissance de leur intérêt humain. Sans une attitude d'ouverture, de respect et de tolérance civilisationnelle puisque certains pensent devoir peser une supériorité à ce niveau. Deux individus qu'ils soient issus du centre économique du monde ou d'une latifundia perdue ont la même valeur humaine et peuvent connaître les réalités de la nature humaine avec la même intensité. Ils sont objectivement différents notamment sur le plan culturel mais ils sont tous deux des expressions différentes d'une réalité identique. Un même sang coule dans leurs veines et le quotient intellectuel le plus élevé n'est pas forcément où l'on croit.

Avec Internet et les nouvelles technologies de communication, nous avons un instrument exceptionnel pour créer de la richesse, une nouvelle économie, pardon d'employer à dessein cette expression que certains voudraient enterrer avec les peurs qu'elle a pu leur inspirer.
Or on perd le sens de certaines valeurs simples de solidarité et d'ouverture. Cette apparente porosité à laquelle nous sommes désormais soumis ou dans laquelle nous avons la chance de nous trouver c'est selon les dispositions qui président, nous expose plus qu'elle ne nous protège. Nous avons donc besoin d'une protection mentale, intellectuelle, culturelle, professionnelle. Une forme d'ouverture et une forme d'"abandon" conjugués. Le multiculturalisme demande une bonne connaissance de ce qui fait notre identité, notre rattachement géographique, notre maison, notre socle.
Cela demande des années d'apprentissage et contrairement à ce que croient certains, soucieux de correspondre à l'immédiateté du click and play, cela demande une discipline, un esprit d'analyse, de synthèse et des fonctions critiques. Or où peut naître cet esprit sinon dès le plus jeune age dans le multilinguisme et dans l'éducation.

Les générations qui accèdent aujourd'hui au monde dit actif ont bénéficié de cette approche, mais bien souvent, elles ont été étouffées et n'ont pu accéder aux places de renouvellement de la société parce que la génération qui l'a précédé a maintenu son influence sur une durée exceptionnellement longue de son histoire. Il se peut qu'il n'y ait pas aujourd'hui d'antinomie, mais c'est à cette génération tutélaire de jouer son rôle de transmission. Elle a été au succès mais ne doit pas compromettre celui de celle qui la suit par une rétention d'avantage prolongée des instruments qui permettront d'effectuer la transition dans les meilleures conditions. En particulier l'argent alors qu'on assiste souvent à une paupérisation accrue de nombreux jeunes contraints de réfreindre leurs aspirations et de différer leur date d'entrée dans la vie professionnelle. Le phénomène des adolescents poussés à rester chez leurs parents est parlant. Il illustre une appréhension voire une impossibilité parfois de trouver le point de passage, les points de passage obligés.

Dans une société qui négocie un changement symbolique, nombreux sont ceux qui peuvent se tromper, aller dans des directions handicapantes. Il faut que cette énergie humaine bénéficie d'une plus grande connaissance du terrain, et soit par conséquent tenue informée des modifications en cours. Je ne parle pas uniquement de modifications techniques, je parle de modifications symboliques. Certains médias remplissent ce rôle à merveille et il faut tirer son chapeau à tous ceux qui le font avec honnêteté et foi dans les développements en cours.



Par contre, la gestion de l'actualité souffre de dysfonctionnements. On pourrait écrire des dizaines et des dizaines d'essais sur le sujet mais pour ce qui est en relation avec le thème central de cet article, il est clair qu'on touche actuellement un seuil. La manière dont les informations viennent à nous demande une connaissance des médias et des qualités quasiment professionnelles. Pour comprendre ce qui nous arrive, il faut une grande rigueur, une curiosité exceptionnelle et quand bien même ce serait le cas, cela ne suffit pas. Il faut aussi savoir trier, reconstituer ce qui nous arrive en lambeaux. La reconstitution de ce puzzle est devenu parcellaire et énigmatique.

Bref nous sommes souvent trop ou pas assez informés, rarement nous ne trouvons ce que nous cherchons. Nous assistons impuissants la plupart du temps à tout ce que la planète produit de dysfonctionnements, sans explication, sans code, sans éducation, sans esprit critique, sans implication, même. On brouille les images plus qu'on ne les éclaire et cela provoque entre autres, certains replis identitaires et certaines tentatives de solution par d'autres moyens. La confusion, ou une certaine incompréhension s'étant installée à l'aune de nos plates-formes communicationnelles on s'en remet à autrui.

La télévision à force d'hypnotiser perd de son pouvoir.

Ce n'est pas toujours le cas car il y a heureusement un grand nombre d'émissions de qualité qui privilégient la discussion et une certaine réflexion, une analyse nécessaire, un décodage qui sont bienvenus. Mais pour ce qui est des variables sociologiques et culturelles, les phénomènes ont bel et bien lieu. Une alternative consiste à spécialiser les sources d'information en fonction des besoins. Le développement du câble et des chaînes numériques hertziennes va dans ce sens mais il n'est encore rien face à la convergence avec Internet qui est l'absolu du particulier accessible au plus grand nombre. A tel point qu'on étalonne ces nouvelles sources et ces nouveaux modes par des vocables de plus en plus précis. C'est une chance pour le multiculturalisme car cela évite notamment la prétendue uniformisation que tant redoutent.

Le multiculturalisme nous met à l'abri de cet écueil et reconstruit des savoirs et des expériences pointues et diversifiées qui permettent une densification du tissu professionnel et une explosion des connaissances et de leur prise en compte au plan culturel. Nous allons donc bel et bien vers une société où la culture sera la valeur dominante et où les nouveaux médias seront les vecteurs de cette transformation. Abandonner maintenant serait une ineptie. Contrer les projets qui demandent à voir le jour sous prétexte que des mauvais gestionnaires ont avancé sans réaliser les limites de leurs possibilités financières et le mimétisme en simultané des sites créés notamment pour ce qui était de leur promotion et de leurs méthodes marketing réputées infaillibles, est aussi un non-sens.



Mais les institutions financières semblent échaudées sans se rendre compte qu'elles prennent le problème à l'envers. Une nouvelle génération arrive. Elle a besoin de prendre en compte toutes les données objectivement discernables pour s'assurer d'une réussite à long terme. La sécurisation des données, le respect du caractère privé des données, sauf cas exceptionnels, ou saut symbolique dans la pratique d'une activité, est fondamental. Comme est fondamental le respect du droit à la propriété intellectuelle y compris au plan international. Il est nécessaire de créer par exemple des extensions mondiales des actuelles sociétés d'auteurs. Sinon, nous créerons des sociétés condamnées à l'unicité ce qui va à l'encontre d'une richesse individuelle condition nécessaire de constitution des ensembles plus larges dans lesquels nous seront amenés à vivre. La puissance d'un cadre qui garantit protection, droit à la parole, droits et devoirs de société démocratiques, rejet de la violence morale ou physique. Nous avons une réelle puissance d'intervention face à la violence morale. Exprimons-la.

La nouvelle économie n'est pas morte, au contraire. Ses premiers balbutiements ne font que témoigner de l'ampleur du changement en cours. De la profondeur et de la largeur du phénomène. Elle a été condamnée et rejetée par le click and mortar mais ce n'est reculer que pour mieux sauter car quand les conditions du paiement en ligne seront réunies de façon large, elle se développera très rapidement. Le click and mortar n'en est d'ailleurs qu'une variante solide.

La confusion n'est parfois que la première étape d'un rejet installée par des variables discordantes et une actualité insoutenable au sens étymologique du terme. On s'en remet alors à des gourous ou des religieux pas toujours bien intentionnés. On refuse de baisser les bras et on a raison mais cela n'empêche pas — parfois — de se fourvoyer. Sans ouverture, le repli est asséchant et conduit aux mêmes réponses simplistes que celles de ceux qui ne jurent que par des aspects purifiés — à l'age numérique ! — de la réalité humaine. Cette vision est non seulement dangereuse, mais elle conduit à la violence, à la bêtise, aux situations absurdes et au gâchis.
On cherche des réponses plus personnalisées, plus personnelles qui feraient renaître du sens dans le contexte de reflux du sens qui a été opéré par le post modernisme.
Quand la vie est à ce point méprisée par un terrorisme actif ou niée dans sa permanence par les conséquences indirectes d'un fonctionnement décalé des instruments symboliques dont nous nous servons, des failles ne tardent pas à apparaître au psychologique. Nous devenons vulnérables du fait de cette fragilité installée en nous comme prix des renoncements auxquels nous avons du consentir.

L'ouverture, l'intelligence, la création de formes de contacts critiques et documentés résout au contraire cette forme nouvelle d'indigence. La vraie pauvreté qui serait là. Dans ce dénuement du cœur et de l'esprit. Dans cette incompréhension des perspectives, artificiellement amoindries par une captation à laquelle il faut tout de même réfléchir pour la dépasser et rétablir la circulation du sens dans des corps aujourd'hui anémiés par des pratiques dépersonnalisantes. Il faut réinventer un esprit, une réflexion, un souffle, une analyse adulte, une synthèse comme modus vivendi de toute prolongation durable de la vie, la sienne propre et celle de ceux avec qui ont est en contact. Il faut pour cela être curieux de cette même vie qui peut nous apporter au plus haut point toute l'étendue des richesses dont elle est capable.

Il faut donc être ouverts aux autres et éviter les attitudes intransigeantes de rejet de ce qui fait la qualité de l'autre en tant qu'entité universelle dotée des mêmes potentiels que soi. La vie créée ensuite toutes sortes de discriminations de matière quasi naturelle alors il est inutile de les établir d'une manière artificielle. Cela ne veut pas dire qu'il faille tendre l'autre joue mais si l'on est assuré de sa force ou de sa puissance, alors il faut privilégier le dialogue et l'entente plutôt que de mettre le doigt dans des processus non maîtrisables d'affrontement et éviter ainsi les engrenages.

 Une relation faussée, inauthentique n'augure au mieux qu'un éloignement. Or l'éloignement n'existe plus ou presque aujourd'hui. Il n'est plus la variable morale et philosophique qui pouvait jadis nous prémunir contre les contacts non souhaités. Là aussi s'établit un nouveau type de relation, plus ouvert, avec autrui et un nouveau type d'interaction avec le monde. Il parait néanmoins indispensable de garder à chacun sa dimension intérieure, la part individuelle ou familiale d'angles morts et de zones cachées ou peuvent renaître l'intime et l'intimité. Ceux qui font le choix de l'exposition doivent être respectés pour le parti qu'ils ont pris de vivre cette forme d'intériorité nouvelle qui augure tout simplement d'un saut qualitatif comparable à celui fait par les premiers acteurs de théâtre ou de cinéma, car, c'est sûr, pour ce qui est de la prise en compte morale de ces deux moyens d'expression, les choses ont été dites. D'autres choses sont à dire et à écrire aujourd'hui. Mais il n'empêche en aucun cas que toutes les composantes du désir doivent être préservées quel que soit l'endroit où elles cherchent à s'établir.

Nous construirons une génération, des générations multiculturelles capables de s'écouter et de s'entendre, capable de parler et de dialoguer et de se comprendre quelles que soient les langues utilisées. Il s'agit néanmoins que persistent et se développent les identités de rattachement principal de chaque individu. Un lieu où vivre, sa langue, sa culture, une location géographique stable dans un contexte de rapports nomades que nous n'avons pas le droit de laisser se détériorer. Le reste découle de cette attitude fondatrice.

Or les équilibres humains et économiques doivent être maintenus et progressivement améliorés mais quelle est l'attitude de nos gestionnaires ?  Comment procèdent-il ? Quelle est leur vision, quelles perspectives voient-il ? Ils font des économies, ils cassent, ils déstructurent des régions riches à fort potentiel intellectuel, ils grappillent des bouts de chandelle, ils installent un vide là où il y a de la matière, cassent l'instrument économique pour le livrer clef en main à qui de droit ambiant. Vision malthusienne. Vision étroite et myope qui condamne au centralisme de la commande avant que cette commande ne quitte à son tour les mains, pour ne pas dire les doigts de celui qui l'exerce pour rejoindre un no man's land virtuel où la richesse n'est plus qu'une valeur immatérielle qui ne profite à personne d'autre qu'à la machine qui l'héberge.

Cette anthropophagie, ce cannibalisme dont s'enorgueillissent certains inconscients seulement conscients de courir en avant aboutit au non-sens philosophique absolu. Le nihilisme est substantifique à côté de cette vision qui plus est ne supporte pas la contradiction quand bien même elle se révèle être dans l'erreur et voudrait installer une forme de pensée unique, non discutable, sclérosée et peu soucieuse de diversité. La solution, les solutions sont au contraire dans la diversité, dans les diversités humaines. Dans le respect et la tolérance des autres formes d'approche. Pas dans la noiement des arguments qui préfigurent les étapes à venir.

Les moyens de garantir l'avenir des sociétés humaines existent bel et bien et sont sains et indéfiniment prolongeables. Mais on ne fait plus toujours le pari de l'humain qui est pourtant la seule vraie valeur — à terme — en terme de théorie économique. Et dans l'humain on introduit la variable suspicion, traîtrise, défaut, incompétence, méfiance, trahison, faillibilité, fragilité, alors que l'important réside ne serait ce que dans de la confiance à établir et la plus élémentaire politesse à respecter. Car on obtient le meilleur qu'en donnant le meilleur.

Mais s'installent dans les machines des éléments de contrôle, mouchards et autres systèmes de prise de main — et on prend pour cela prétexte de l'inquiétude sourde qui est née des attentats américains pour accentuer encore ce phénomène dont les effets pervers sont pourtant patents et aussi indirectement créée par un type spécifique de fonctionnement des choses en relation close. L'ordinateur, dieu merci, est aujourd'hui doté d'innombrables portes de sortie et d'entrée qui permettent d'établir un type de relation riche et équilibrée, part intégrante d'une journée de travail. Mais ces chevaux de Troie et autres systèmes espions mettent en danger non seulement ceux qui les utilisent mais à terme ceux qui les installent. On peut obtenir une modification des rapports à la machine quand elle est mal utilisée. On se retranche alors dans des mondes toujours plus éloignés des réalités concrètes et cela est parfois valable pour la télévision également. Tout cela provient d'un type de rapport à la machine. Il faut avoir vécu et résolu des équations existentielles avant de s'y laisser absorber. Sinon, on bâtit des types de relations schizoïdes dans lesquelles les protagonistes ne savent plus par quels chemins ils doivent passer afin d'approcher leurs objectifs. Objectifs qui s'imposent à eux comme des éléments obsessionnels que certains ne résolvent que dans la violence, dans la suppression du lien objectivé comme rapport direct — et donc conforme — à la relation homme-machine.

Que devient l'amour, que devient la relation homme femme au temps de la machine intelligente ? Elle-même se réinvente mais elle a besoin d'un maximum d'honnêteté et de subtilité pour exister dans des contextes toujours plus envahissants. L'amour se régénère à travers toutes ses composantes, dans la diversité des avis et des approches effectivement réalisées. Tirer parti des enseignements et surtout des émotions et des sentiments ressentis. Vérité et court circuit vers le cœur sont nécessaires dans un temps d'instrumentalisation. Une plus grande authenticité et des capacités d'entente, d'écoute et d'accueil plus grandes. Et l'abandon, total, des barrières, le contact et la fusion si nécessaire dans un monde où les robots commencent à pulluler, dans un monde d'interfaces. Pas d'interface dans l'humain. Contact direct. Vérité des peaux quelles que soient leurs couleurs.

Il faut réintroduire la confiance, le respect, la capacité de se perfectionner, l'efficacité récompensée en d'autres termes qu'une précarité toujours plus poussée. Dans ces entreprises on hésite à placer et à donner le même salaire à des personnes qui sont pourtant aussi compétentes. Les femmes et les Français "issus de l'immigration" à qui on oppose des fins de non recevoir qui les poussent toujours un peu plus vers la démobilisation, et les zones limitrophes où sévissent de petits recruteurs qui offrent des solutions rapides, religieuses ou délinquantes, qui sont surtout basées sur l'apparence du respect et l'apparence de la prise en compte. Et cela est valable à l'échelle du monde développé. On ne prend pas en compte jusqu'à ce que la répression semble être la seule solution alors qu'elle ne tarde pas elle-même à montrer ses limites.

Les attitudes nécessaires sont ailleurs. Les solutions car il faut se garder de donner une solution unique facile et magnétique à des questions elles qui sont complexes et demandent des mobilisations larges et longues. Les hommes de pouvoir doivent aujourd'hui privilégier l'ouverture sinon la transparence qui peut être un frein au travail serein des équipes dirigeantes au moins durant les périodes critiques. Rendre des comptes parait normal et nécessaire. A terme, ces comptes se feront à intervalles plus rapprochés comme c'est le cas avec les sondages, même s'il faut savoir distinguer une décision argumentée d'une décision pulsionnelle.

Or nous sommes atteints au mental, au moral, au psychologique. A nous de nous construire dans cette ouverture consciente, dans une force et des possibilités concrètes de perfectionnement en sachant que la meilleure posture — ou imposture c'est selon les avis tempérés ou temporels — dans une situation d'affrontement n'est pas forcément l'attitude traditionnelle et généreuse — et forcément légitime — qui consiste à prendre la défense du plus faible, vieille tradition gauloise, mais de se placer across the lines, au milieu, en tant qu'intermédiaire, go between, middle man, et médiateur. C'est un peu le rôle à prôner pour chacun, faire dialoguer les parties, les amener à l'entente, à la compréhension et à la coopération mutuelle. Notre diversité, la mixité qui nous compose plaide en faveur d'une plus grande ouverture d'esprit à une heure où tant de petites consciences fragiles se referment. Sachons aller plus loin, voir au-delà des épaules larges ou pas les terrains de la coopération à venir entre toutes les communautés.






Le Renouveau amoureux


Les Européens sont-ils reptiliens ? Petite géographie descriptive de l'amour au temps des machines. Command ou Pomme N ?

La méga montée des mouvements globaux chamboule tout ce que nous connaissons. Je, toi, tu, il ou elle, la manière dont nous nous parlons, nous écoutons et nous comprenons a redessiné les contours familiers de nos relations et ce à l'échelle du continent comme à l'échelle de nos relations personnelles et individuelles. La mécanisation, l'informatisation du temps, de nos rapports à l'image séquence, atomise, diffracte la pensée et la soumet à une reconfiguration permanente, une mise à disposition qui nous rend pourtant la main.

Alors prenons-nous par la main et promenons-nous dans l'émoi.
De quoi accuse t-on ma planète ?

Trente années de luttes acharnées ont permis aux femmes de se faire une relative place au soleil. Un destin d'émancipation encore fragile, souvent en creux, qui dépend encore beaucoup du bon vouloir de sa majesté l'homme numérique.

Elles ont conquis leur indépendance, leur vie de femmes et leur vie d'hommes. Elles sont devenues des êtres hybrides, des mutants assumant à la fois les charges du travail et de la famille. Au milieu des avis de tempête, des barrages et des rambarrages, elles ont su négocier les caps difficiles grâce à la grâce que donne le don de la maternité recherchée et revendiquée comme ressourcement et résurgence au milieu des difficultés.

Chapeau bas !

Le contact direct avec les réalités réelles leur a doucement donné des rênes qu'en secret elles n'ont jamais cessé de tenir. Mais la rénovation des schémas de l'amour a ramené des valeurs plus traditionnelles qui évacuent doucement, sourdement pourrait-on dire, des comportements dits originaux. Ceux-ci ont été parfois diabolisés ce qui du coup, fait qu'ils sont revendiqués sous formes d'attitudes souvent plus militantes. Des attitudes qui ne sont que l'expression des combats qui font rage sur le front de l'amour.

Nous sommes aux prises avec les difficultés d'un temps qui multiplie les passages par-dessus bord. Il faut alors résister à la violence de chocs répétés qui font aussi comprendre la chance qu'il peut y avoir à vivre l'existence relativement parfaite d'européens en pleine possession — ou presque — de leurs moyens. Entourés d'un aréopage complexes de dispositifs notamment juridiques, économiques, ou culturels (attention sortez vos fusils et reprenez à la page trois), qui nous protègent. Nous sommes — excessivement ? — quand on compare la relative tolérance qui nous entoure à la situation en général, moins favorisés que certains pays — notamment dans le tiers monde. C'est aussi un problème de philosophie de la vie.

Un peu plus de douceur ne siérait-elle pas davantage dans ce contexte parfois...  euh...  complexe...



L'homme, lui, est parfois perdu dans ses volutes intellectuelles et les constructions virtuelles qui lui donnent souvent un part croissante de sa force et de sa puissance. Il a du aussi traverser le cauchemar du sida et les âpres hostilités du féminisme. L'affirmation du deuxième sexe, même s'il était une négation du Pater familias, il l'a parfois accepté pour ne pas dire encouragé, ce qui était plutôt un signe de maturité.

Mais après dix années floues à ce régime, la confusion s'est souvent installée. Il se retrouve un peu flapi à l'issue des combats vers le début des années 90, et cherche confusément une attitude nouvelle qui lui assurerait à lui — ainsi qu'à ses récalcitrantes égéries — un rapport au monde et à l'amour qui soit un peu moins de l'ordre du fantasme. L'amour pour de vrai en somme. Mais les jeux de l'amour virtuel et du hasard ont encore frappé, le cybersex comme nouvelle grille de lecture, profane le corps et l'intimité par la multiplication qu'il fait des caméras et le stockage du n'importe quoi. La femme s'éloigne.

Pour être connectés, il faut être séparés.

L'amour devient alors plus visuel, il entre dans le champ du purement intellectuel de la sensation immatérielle... Don' touch me with your grosses pattes.

Il faudra pourtant revenir au corps.

C'est exactement l'équation que tente de résoudre — maladroitement parfois, mais pas tant que ça — l'homme — et la femme ? — actuels. Retrouver le langage du corps. La douceur, la tendresse, la gentillesse, l'insouciance, le bonheur, la générosité dans le don, une hargne de vivre qui ne soit pas teinté de méchanceté.

La foi et l'émotion.

Retrouver un amour qui ne soit pas uniquement  physique mais qui peut bien passer par le sexe, voir être carrément torride, tant pis, il va falloir être heureux ou tristes, mais debout au milieu de notre enfer ou de notre paradis personnels. Voir plus grand sans systématiquement être zen. Ensuite balance des couleurs.

Expurger les humeurs qui font souffrir.

Alors reptiliens, les européens ? Etes vous vélociraptors, ou brontosaure, T-Rex ou diplodocus, adeptes de l'amour courtois ou du flash love, bête assoiffée d'amour ou être raffiné spirituel et volontaire ? Ou les deux ou les trois à la fois ? Veuillez décliner votre identité... Leave your passport and deposit.

Anyway, all of you, uno last conseil für die route. Sortez protected, espèce en voie de reproduction !






Visions d'un Futur réussi


On peut d'ores et déjà imaginer ce que sera l'économie de demain une fois que la crise actuelle sera dépassée.

Les grandes périodes de mutation sont des moments dangereux où certaines des valeurs phares qui structuraient les anciennes sociétés subissent des modifications, mais cela ne veut pas dire que cette nécessaire reconfiguration se passe forcément mal ou aboutisse à des situations dont nous ne pourrions nous satisfaire ou qui ne seraient pas meilleures que celles d'aujourd'hui. Les bouleversements en cours sont bel et bien profonds mais les difficultés qu'ils induisent sont aussi des chances et refondaison et d'amélioration sur un plan collectif large. Il faut qu'il se fasse de manière harmonieuse et à un rythme qui permette à tout le monde de l'assimiler.

Pourtant, être résolument optimistes — sans être béats — est nécessaire. Mais surtout savoir que la nouveauté actuelle pour agressive qu'elle soit parfois, est  un immense progrès de la capacité de l'humain à définir son environnement à venir. Nos capacités d'intervention sur le réel se trouvent décuplées. Il s'agit à présent de savoir comment les employer. Définir ce que peut être un schéma moteur positif dans un tel contexte. Créer un code de bonne conduite international, qui nous éloigne de la jungle et du chacun pour soi myope. Le développement des marchés financiers est une nécessité mais sous peine d'assécher leur substance, il leur faut actuellement s'organiser pour devenir durables et plus adaptés aux nécessités à long terme de l'économie à venir et des acteurs qui en assurent le développement.

Les différentiels d'évolution de certaines sociétés apparaissent d'autant plus clairement que nous disposons aujourd'hui des outils nécessaires à cette prise en compte. Ces écarts créent des dangers disruptifs. Nous venons de vivre sur le plan économique une période qui correspond à ce qu'étaient la pêche et la cueillette dans l'ordonnancement des économies humaines. La liberté qui prévaut et qui en soi est une bonne chose ne parvient pas à imaginer au plan international des schémas directionnels plus durables qui mettraient les économies à l'abri des dangers à long terme d'une telle pratique.

La spéculation et la manière dont on a fait fructifier les bassins de richesse internationaux s'appuient manifestement et ce dans la grande majorité des cas sur des techniques de création de richesse à court terme sans planification globale de ce qui pourrait une fois les limites de cette logique atteinte, permettre de créer les conditions d'un renouvellement collectif de la richesse créée, une meilleure division du travail, c'est à dire en envisageant des types de positionnements plus équilibrés et tenant compte des contraintes réelles de chacun des acteurs de l'économie et ce jusqu'au niveau individuel.

Il s'agit aujourd'hui d'inventer une “agriculture“ mondiale de la création de richesse. Apprendre à semer et à faire fructifier pour pouvoir nourrir sans rupture et replanter pour les récoltes suivantes et ce dans les domaines symboliques de l'information dont l'argent est une des composantes qui s'enrichit actuellement de nouvelles fonctions. Les grands ensembles mondiaux en harmonie avec ce qui est d'ordre plus large doivent impérativement imaginer des techniques nouvelles pour assurer la subsistance et la satiété de tous les acteurs économiques et ce quels que soient leurs secteurs.

Il apparaît aujourd'hui qu'un quatrième secteur économique voit le jour qui échappe à tous les autres, ou presque. Celui de la création de richesse virtuelle. Ce ne sont plus des services au sens traditionnel du terme mais une nouvelle forme d'activité reposant sur des pratiques symboliques. Ce quatrième secteur doit harmoniser les relations qu'il entretient avec les trois autres. Bref, s'insérer harmonieusement dans la vie économique. Ses valeurs doivent être relatives à l'ensemble existant. Ceci se fera et permettra des accroissements de richesse importants en plus de générer une stabilité nouvelle de l'économie mondiale.

Il faut donc une “prise en compte“ permettant des échanges intermédiaires à tous les niveaux afin d'insérer, de greffer presque, cette économie nouvelle, qui en réalité n'est qu'un secteur économique, sur l'existant. Il faut pour cela relativiser ses valeurs dans un système d'évaluation valable au plan mondial. L'économie telle qu'elle fonctionnait jusqu'à présent et surtout sur le plan monétaire était tributaire des contraintes technologiques voire politiques et administrative de son temps. Les frontières ne jouent plus le même rôle aujourd'hui. Il faut donc adapter les variables de l'échange à cette nouvelle réalité. L'échange des denrées se maintiendra selon les termes existants mais il y aura désormais des grilles de correspondance permettant l'harmonisation que nous recherchons.

Il faut donc édicter, réaliser d'une manière qui ne pénalise personne, un code de bonne conduite qui intègre les marchés, les rendent moins prédateurs en préconisant ou facilitant certaines orientations ou actions à mener, et qui, en contre partie, assure leur pérennité. L'avion sans pilote y trouverait un moyen de se diriger et d'atterrir de temps en temps pour renouveler ses réserves plutôt que de courir indéfiniment jusqu'à se crasher par manque de prévoyance. Aujourd'hui, cette nécessaire amélioration est imaginable d'une manière douce et incorporant  progressivement certains types d'activités financières. Elle ne peut se faire qu'avec l'accord de tous et doit être un plus pour tous.

Plus solidement constituée l'économie mondiale y gagnerait en réalisme et maîtriserait mieux les effets de l'information financière souvent contradictoire aujourd'hui. La croissance serait ainsi consolidée et le marasme économique de nations entières comme c'est le cas en Argentine pourrait être évité.






Plaidoyer pour une plus grande tolérance


Nous n'avons plus aujourd'hui la possibilité humaine de nous affronter sur le terrain de la religion. La croyance et la conviction absolue en des principes d'identification totale est un recul flagrant de l'esprit de toutes les grandes religions. Edit de Nantes Mondial...

Les sages qui prêchent aujourd'hui le martyr d'hommes jeunes qu'ils envoient sans sourciller à la mort et ce quelle que soit leur origine ou leur religion n'ont pas compris l'esprit qui présidait à l'écriture de leurs textes sacrés qui sont avant-tout des principes de tolérance et de respect de la vie. Dieu, et ce quels que soient les noms qu'on lui donne, quelle que soit la perception qu'on en ait, a créé la vie et a tout mis en œuvre pour qu'elle soit conservée et qu'elle puisse évoluer au gré des changements qui touchent l'humanité. Dieu, ou ce qui nous tient lieu de compréhension spirituelle, a donné ce pouvoir immense aux femmes, la capacité de créer la vie et il est malheureux de constater que les hommes ont inventé celle de la détruire. Il est encore plus regrettable de voir ces hommes qui se croient virils parce qu'ils ont la faiblesse d'écouter ceux qui exigent qu'ils aillent sacrifier leur vie, maltraitent leur propre création. Leurs femmes et leurs enfants. Ces hommes devraient pourtant comprendre une évidence criante. Le mystère de la création du monde habite en chaque femme. Chaque femme porte en elle une part de mystère de création qui est d'ordre divin et si l'on croit devoir accéder à lui alors il faut respecter les femmes. Il faut les protéger mais on ne protège pas par la violence. On ne protège pas à coup de fusils ni même en envoyant des bombes. L'usage de la force appelle l'usage d'une force contraire qui tôt ou tard finira par s'imposer. C'est pourquoi on ne peut rétablir l'équilibre que par le dialogue et non par la harangue.

Car il est encore plus regrettable que des esprits radicaux président au sort de leurs concitoyens dans une forme d'absolutisme tronqué qui est une négation de toutes les valeurs de civilisation telles qu'elles ont pu s'exprimer au cours des siècles. La civilisation musulmane est une grande civilisation. Elle exprime ses qualités en des lieux très pauvres ou les personnes sont démunies des protections élémentaires qui leur permettraient de résister aux arguments de ceux qui comptent les enrôler comme en des lieux extrêmement riches ou la qualité et le talent des hommes s'est exprimé pour la plus haute satisfaction de l'esprit et des yeux. La mosquée bleue de Sinan à Istanbul est une merveille d'architecture. Comment dès lors accepter que soit réduites ses inflexions, ce désir d'excellence dans un contact radical bloc à bloc ce qui est d'une stupidité totale eu-égard à la mixité des peuples tout autour de la planète et qui diminuerait tous ceux qui sont partisans de solutions simples et radicales.

L'épuration ethnique qu'elle soit religieuse raciale ou culturelle est un non-sens philosophique absolu. Elle amène au non-respect de la vie qui est un principe qui impose un divorce complet de toute quête spirituelle réussie. Il s'agit aujourd'hui d'engranger des différences et de savoir les prendre en compte. Ayant grandi auprès de musulmans d'origine pakistanaise, je peux témoigner de leur affabilité et de la capacité qu'ont les dogmes religieux à vivre en bonne intelligence là où s’établissent des liens solides et respectueux des croyances de chacun. C'est pourquoi il faut arrêter le train avant qu'il ne déraille. C'est un message à l'intention de tous ceux dont la quête consiste à se réaliser et à permettre à d'autres de se réaliser sans soucis d'appartenance trop rigidement établie. Quête spirituelle d'accord, nous avons tous besoin de sens et de comprendre the meaning of life, mais on ne peut construire, vendre acheter et se développer que si l'on établit un lien durable avec son entourage.

Or que voyons-nous ? Des moyens toujours plus puissants de communication qui ne servent pour certains qu'à développer; la haine, la mort, les impasses absolues. Cette soit disant guerre est surtout l'expression d'une incapacité des hommes à se servir des moyens qui sont à présent à leur disposition pour s'entendre et se parler. Éviter la folie quand elle agit de cette manière, c'est à dire en contaminant les esprits par des expressions faussées de la volonté de Dieu. Dieu n'a jamais voulu la guerre qu'elles que soient les expressions qu'elle prenne et quand il sent que ses fils sont dans l'erreur, il les abandonne. Travaillez donc à le maintenir à vos côtés, vous qui prétendez croire en Lui, autrement que par les actions paranoïaques et l'histoire sans fin des représailles toujours renouvelées. Il faut enterrer les morts et soigner les vivants. Sauver les enfants et leurs mères et ne pas laisser l'absurdité des choses imposer une plus grande désorganisation des principes qui nous guident.

Les questions auxquelles nous avons affaire ne sont pas des questions simples. Elles exigent une vraie intuition, une volonté concertante et un instinct sûr. Dès lors comment ne pas imaginer que la solution ne soit pas dans un dialogue et dans un adieu progressif aux armes qui finira tôt ou tard là aussi par venir. Il ne s'agit pas de pacifier totalement, l'esprit peut être incisif mais d'aller dans le sens de la réconciliation.

Sinon nous ne serions que des rats au fond de la cale d'un bateau qui coule — la terre à laquelle nous avons tant de soins à prodiguer — se disputant stupidement pour le bout de saucisson restant.

Piètre spectacle pour ceux qui aiment la vie et les merveilles qu'elle est capable de mettre sur notre chemin. Un esprit noir applaudirait du fond de sa cachette cette défaite humaine, car nous faisons tous partie d'une seule et même famille : l'humanité.

A vous...





Une autre vision du Monde

Je ne voudrais pas ici jouer un rôle de trouble-fête, mais je crois qu'il est important d'ouvrir des perspectives et d'aller à l'encontre de certaines conceptions, qui en matière de politiques culturelles, sont aujourd'hui dépassées, ou, plus exactement, d'imaginer les conceptions nouvelles sans lesquelles nous pourrions un jour courir de graves dangers.

J'étais Jeudi et Vendredi à un sommet de la Banque Mondiale sur le développement de l'Afrique. Nous avons beaucoup discuté, pour ceux qui connaissent le sujet, du NEPAD, et aussi, en tant que président d'une ONG, du rôle des nouvelles technologies dans le décollage économique de l'Union africaine. Vous devez vous dire, mais quel rapport entre la coopération, le développement économique d'autres continents, et la Culture ?

Il y en a un, et il est vital. La semaine prochaine à Genève aura lieu le sommet mondial de la société du savoir et ces problématiques ne sont pas anodines.

Vous ignorez peut être que l'Europe est d'une certaine manière en train de financer un décollage de l'Afrique qui risque de se faire au bénéfice de l'Asie. La Chine,
absorbe aujourd'hui plus de la moitié des flux d'investissements mondiaux, devant les Etats-Unis, et bien sûr, devant l'Europe.

Nous sommes peut être à l'heure où nous discutons tranquillement dans cette salle, en train de perdre une bataille gigantesque aux conséquences encore insoupçonnables pour notre avenir collectif. En effet, le leadership économique confère presque de facto, un leadership culturel. La France était le centre de l'attention internationale dans le domaine des arts, alors qu'elle était au faîte de sa puissance économique.

Pourquoi est-ce que je vous dis cela ? Tout simplement parce qu'il n'est plus possible de négliger cette dimension internationale. On s'aperçoit aujourd'hui que le français est au 9eme rang mondial, en terme de présence sur Internet, malgré la francophonie, et que la Corée du Sud se situe devant nous. Plus surprenant, encore, l'Allemagne est 5eme position, alors qu'elle ne dispose pas officiellement d'une ancienne zone d'influence coloniale, comme c'est notre cas. C'est donc bien un problème d'attitude et de volonté, volonté politique en grande partie, car tout ceux que j'ai rencontrés, du Directeur Europe de la banque mondiale, au ministre de la coopération belge, en passant par l'ensemble des responsables africains, notent un recul de la visibilité française en terme de présence.

Nos politiques semblent inadaptées et peu efficaces. La coopération ne marche pas. Le Rwanda reste, de l'avis de tous ses acteurs, le souvenir d'une terrible sensation d'échec. Les centres français, et ce n'est pas là une réalité strictement africaine, tournent en dessous de leurs capacités. L'alliance française recule partout, ou presque. La diplomatie française enregistre des succès qu'elle ne parvient pas à transformer, parce que la structure de transmission est très en dessous de ses possibilités.

C'est, et je le répète, un problème éminemment culturel.

C'est aussi un problème d'imagination politique. Nous n'avons pas su mobiliser les ressources de réflexion nécessaires pour renverser cet état de chose. Or cette situation, observée en Afrique, s'étend à l'Amérique Latine, aux pays arabes, et à ceux d'Asie du sud-est.

Il est grand temps de réagir. Pourquoi ?

Après tout, nous pourrions très bien supporter les blessures narcissiques d'un orgueil national qui a été maintes fois meurtri par un de nos grands classiques, la défaite sportive. En général, on a perdu, mais on a notre honneur. Malheureusement, nous constatons, et c'est plus grave, que de manière de plus en plus dure, de plus en plus dramatique, aujourd'hui en France et en Europe — et ceux qui situent le cadre de réflexion approprié à cette échelle ont souvent raison — nous enregistrons comme au greffe les effets induits de cette lente dérive des continents et ce n'est pas pour vous faire subir une autre variation sur le thème du déclin. Les conceptions qui présidaient au consensus de Washington, et là, ce n'est pas tant économique que culturel, et même idéologique, au sens péjoratif du terme, sont partout dominantes, y compris en Afrique. Et nous n'avons pas nous mêmes de raison de pavoiser. L'honneur vacille quand nous voyons notre protection sociale exploser, les délocalisations se multiplier, nos services publics disparaître, nos administrations soumises à des logiques entrepreneuriales, tout cela est le résultat direct d'une sorte de perte progressive d'immunité culturelle et conceptuelle et ce n'est pas là un paradoxe.

Je pense comme beaucoup d'entre vous, je l'espère, que la culture est la clef de l'économie de demain.

Il nous faut donc reconstruire ce qui a été détruit, puis le dépasser, pour mettre en valeur nos atouts, et ils sont nombreux, souvent consciencieusement ignorés, et vaincre nos faiblesses, tout cela dans le cadre de nos réflexions.

C'est pourquoi, nous devons ensemble affirmer que la politique culturelle étrangère, part intégrante des politiques culturelles tout court, ne doit pas être la prérogative d'une congrégation professionnelle dont le métier est la diplomatie.

Les questions de culture française dans le monde devraient être pensées, formulées, et mises en œuvre par des gens dont c'est la vocation, c'est à dire des gens qui, conscients des réalités politiques et des enjeux économiques de la situation internationale, soient aussi en mesure de les replacer dans une problématique de culture, dimension essentielle qui n'est pas réellement prise en compte à l'heure actuelle.

Le constat n'est pas anecdotique. Il y a 30 millions de personnes atteintes du sida en Afrique, et des centaines de millions qui vivent dans des conditions de pauvreté dégradantes, et qui plus est, subissent des guerres, des famines, et d'autres pandémies, toutes choses qui si elles étaient instruites, pourraient souvent être évitées.

Faire enfin rattacher au Ministère de la Culture, tout ou partie de cette action, consistant à faire éclore la connaissance selon les valeurs que défendent aujourd'hui les européens, consiste à pratiquer une politique de civilisation, au sens où l'écrit Edgar Morin, dans un petit livre. Cela lui permettrait de créer le chaînon manquant d'une politique dont on voit bien qu'elle a atteint ses limites sous l'égide des Affaires Etrangères. Surtout en des temps de clash symbolique dramatiquement illustré par le terrorisme. Chose que le monde entier attend de la France et de l'Europe. Ces questions très larges ont des répercussions directes sur l'action que nous menons à l'intérieur du territoire national, et ce dans des domaines parfois inattendus.

Comme, par exemple, le succès ou l'échec de notre engagement et de sa traduction concrète.

C'est pourquoi j'ai envie d'imaginer avec vous, ici et au delà, ce programme auquel nous travaillons, en suggérant d'attribuer au Ministère de la Culture un secteur qui, par nature, lui revient, et surtout d'imaginer les modalités d'une politique inspirée et forte, qui tiennent compte des problématiques transversales auxquelles nous sommes aujourd'hui collectivement confrontés. Alors, oui, nous aurions une chance de voir triompher, y compris en Europe, les valeurs auxquelles nous sommes tous attachés.


Accès au Site